jeudi, mars 13, 2008
La boue
Au départ, je n’ai pas compris dans quoi je m’aventurais….
Au début, j’ai suivi le chemin qui se présentait devant moi. Comme un enfant bien élevé. Sans réfléchir. Par réflexe, comme un robot pré-programmé, un lapin automatique qui bat des pattes quand on le remonte. J’ai cru que j’aurais pu aller ainsi en toute confiance, sans me poser de questions. Des gens me regardaient avancer de mon pas décidé. Ils m’applaudissaient, m’encourageaient, me disaient de continuer sur cette voie, que c’était la bonne. Parmi la foule autour de moi, j’ai vu des gens venir me faire une bise tiède et convenue. J’ai aussi vu un prêtre, l’air grave, qui acquiesçait lourdement à chaque pas que je faisais, le long du chemin…. Alors j’ai continué la route, sans me prendre la tête. Et sans plaisir.
Mais, peu à peu, la terre sur laquelle je marchais est devenue humide, puis franchement mouillée. Mais çà je n’ai pas voulu me l’avouer à moi-même. Les pas que je faisais se sont faits lourds, de plus en plus lourds. Je ne me suis même pas aperçu que je marchais dans de la boue… J’étais tellement programmé pour avancer de derrière à devant, un pied devant l’autre, que j’en étais asphyxié, abruti, abêti, vidé de ma consistance. Et vidé de toute notion de plaisir.
Mais la boue, sans que je m'en aperçoive, s’était faite de plus en plus collante, entourant bientôt mes pieds jusqu’aux chevilles, d’une sauce grasse, gluante, adipeuse, et puante. Et collante. Les pas que je faisais, les uns après les autres, sont alors devenus de plus en plus pénibles. J’avais l’impression d’être un vieux cheval de labour, à la merci d'un jockey qui me demandait d’aller encore plus vite, encore plus avant, malgré la qualité du sol, malgré la fatigue : un propriétaire invisible me fouettait avec sa cravache, de toute sa hargne, de toute sa jouissance, de tout son cynisme… Et puis j’ai eu de plus en plus froid… Froid comme quand j’étais malade, enfant, et que je me blottissais sous mes couvertures, cherchant du réconfort… froid comme le dernier souvenir du père, enveloppé dans une housse sombre, au soir d’un sinistre octobre. Mais dans ce moment à l'aube d'une prise de conscience, je me suis rappelé le prêtre et les spectateurs qui applaudissaient… alors j’ai refusé de me poser les questions, et j’ai refusé de me demander pourquoi ma tête se remplissait de plus en plus vite de souvenirs lugubres, de parallèles macabres, d’évocations noires comme la mort… comme un récipient que l’on saoule avec un entonnoir d’un élixir nauséabond jusqu’à ce qu’il en vomisse le contenu dont il a été gavé… alors j’ai étouffé mes doutes, et j'ai continué de marcher, sans m’apercevoir que la nuit commençait à tomber. J’ai continué ainsi, d’un cœur vidé de plaisir.
Ce n’est que très tard que j’ai décidé de réagir. De regarder autour de moi… ce n’est que trop tard que j’ai pris conscience de la géographie qui était devenue la mienne… Plus personne pour m’applaudir… plus ce prêtre prêt à me montrer la direction, plus d’amis encourageants… Seul… Seul parmi les cailloux qui fondaient dans le sol devenu liquide à certains endroits. Froid. Seul. Les pieds pris dans un mastic gluant. Oui, ce n’est que très tard, que trop tard que j’ai constaté que le chemin qui était le mien s’enfonçait de plus en plus dans le sol, comme s’il était grossièrement tracé par une immense ornière créée par un engin monstrueux qui aurait laissé des bulles grises des gaz d’échappement derrière lui… C'est là que je me suis arrêté. Enfin j’ai regardé autour de moi… Je sentais ce vent de neige, froid, cinglant, qui me fouettait l'âme. Ce vent d'outre-tombe qui souffle dans les paysages glauques de Trauner... Ces visions grises et noires, visions apocalyptiques d'une fin de mon monde annoncé. D'un monde qui m'avait privé de tout plaisir.
L’ornière dans laquelle j’étais était devenue très large, tellement large qu’il m’était impossible de toucher les bords et tenter de remonter pour rebondir… des bords qui culminaient à plusieurs mètres de hauteur au-dessus de moi... et dire que je n'ai rien vu venir... Alors j’ai dû demander de l’aide. Moi qui ai toujours tout fait tout seul, moi l’ancien battant, moi qui ai toujours cherché la gloire dans mon indépendance, il m’a fallu supplier, crier, mais çà ne suffisait même pas… J’ai entendu, à l’étage des vivants, les bruits d’une fête foraine, puis j’ai senti le parfum sucré des barbes à papa de mon enfance, et alors j’ai crié de plus en plus fort… Et plus je criais, plus je me sentais sucé par cette boue avide de mon être, me tirant vers le bas sans relâche. Toujours un peu plus, à l'image de ce vent qui se faisait de plus en plus mordant sur mon corps en haillons. Juste au dessus de moi, à l’étage des vivants, je prenais conscience que d’autres vivaient dans le plaisir.
Parfois, certains visages se rapprochaient, pour regarder… Certains ont ri de me voir ainsi, esseulé dans la boue merdeuse dans laquelle j’étais devenu prisonnier… Certains m’ont lancé des papiers en essayant de me viser, comme si j’étais devenu un chamboule-tout à moi tout seul… Un stand de foire comme un autre, coincé entre le train fantôme et l’exhibition de la femme-araignée… Ils ne prenaient même pas le temps de me regarder avec attention… Ils venaient, jouissaient de me voir, et repartaient aussitôt, comme devant un objet inintéressant… Certains, moins agressifs, à l’apparence plus compatissante, tentaient de me lancer un câble pour me tracter en dehors. Mais, quand j’arrivais à en saisir un de mes doigts engourdis de froid et de solitude, il ne résistait pas à mon poids augmenté de la force collante du sol qui empêchait tout mouvement… Et, pire encore, tout mouvement vain me faisait m’enfoncer davantage… Car leur compréhension n’était que pitié… et dans ces conditions, çà ne pouvait pas me faire décoller de la fange qui commençait à me mordre la peau par son froid et son acidité... Une fange qui, à force d'éructer ses odeurs fétides, attirait les moustiques, les cafards, et les mouches vertes.
Alors j’ai crié encore plus, j’ai hurlé à la mort, tel un chien abandonné, sale de tiques et de puces, tel un bâtard amaigri de solitude. Tel un hérétique se cachant de l'inquisition, un lépreux mis au ban de l’humanité, dans les oubliettes du temps… Comme un suppliant dans l’église du monde, loin de Dieu et déjà si loin des hommes…
Et c’est là je t’ai vue, avec tes cheveux soyeux… Je t’ai remarquée de suite, parmi les curieux qui jetaient un œil dans ma direction. Car toi tu m'as regardé avec des yeux doux et tièdes comme un ciel d'azur, et surtout tu m'as regardé avec ton coeur. Et avec ton cœur tu as compris. Avec tes émotions. Avec ta sensibilité. Oui, tu as compris. Tu étais infiniment loin, comme un point sur une carte, mais je savais que c’était justement vers ce point qu’il fallait que je regarde… Oui, déjà de loin, je t’avais repérée, et pour une fois, mon intuition avait été la bonne. Tu as de suite compris que me jeter un filin d’acier pour me repêcher aurait été un acte impuissant. Toi tu as saisi une longue mèche de tes cheveux et tu me l’as lancée. J’ai failli sourire devant la lumière qui jaillissait de cette idée, devant l'intelligence de ton coeur, car je savais que, loin de la fragilité apparente de ce cadeau, cette mèche serait bien plus solide que les câbleries industrielles et courantes ; oui, j’étais tellement soulagé que tu m’aies compris, que j’aurais volontiers souri si les gerçures de mes lèvres ne m’en avaient empêché… J’ai saisi avec passion tes éclats roux et fleuris… J’ai saisi cette mèche douce qui, comme je m’y attendais, s’est révélée très solide. D'une solidité exceptionnelle. Alors je m’y suis arrimé franchement, comme on fait en grand naufrage avec une bouée de sauvetage, je m’y suis appuyé de tout mon poids. J’ai tiré dessus en pleine confiance… à aucun moment je n’ai eu peur qu’elle rompe…
Et depuis, tu sais, j’ai l’impression qu’un de mes pieds recommence à bouger… Mais tu es si loin encore, et le chemin qui pourrait me mener à toi est si long…
Tu as vu, on dirait que la boue se solidifie... que l'odeur part... que la tiédeur revient peu à peu... tout doucement.... Il y a une fleur qui repousse à mes cotés… regarde-là. Elle sent bon. Elle est belle… Je crois que je vais trouver la force de me baisser pour la cueillir… et si tu te rapproches un tout petit peu de moi, je crois que je viendrai te l’offrir… Et le jour où je te l'offrirai, ce jour où je pourrai tout simplement te serrer dans mes bras, même si cela doit être dans un an ou dans un siècle, à ce moment-là, à cet instant-là, je lèverai les yeux vers le ciel.
Et je sais que j'y verrai des anges...
07:32 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : poesie, société, amitié, confiance, passion, desespoir, tendresse
lundi, février 25, 2008
Merci...
Alors çà y est, je suis revenu. J’ai retraversé les terres et la mer dans l’autre sens.
Et curieusement, sur la dernière ligne droite qui me menait à ma garçonnière, je n’ai ressenti ni l’angoisse, ni l’inquiétude habituelle de savoir si mon petit nid était toujours intact. Tout au contraire, pour la première fois, j’étais habité par une grande sérénité.
Très tôt ce matin j’ai donc tourné la clef de la porte principale, celle par laquelle arrivent mes invités. Et puis je suis entré, avec une impatience et une curiosité difficilement contrôlables. Je suis entré avec mes gros cabas chargés de souvenirs aux parfums du cuir brut, du cuivre, de l’encens. Au fond de ma valise, des épices, des mélanges à tout faire, du piment, et bien sûr le safran, éclatant de couleur et de caractère. Dans ma poche, un bracelet fantaisie marchandé à bon prix.
Je suis entré, serein, et je me suis posé là. En humble spectateur. Ma première émotion, le calme du parfum. Une odeur de fleur fruitée, une odeur où le caractère se cache derrière la douceur. Était-ce l’effet de la cannelle que j’avais ramenée parmi d’autres épices ? l’odeur d’un miel suave et corsé que tu m’aurais offert ? l’odeur des fleurs fraîchement coupées que tu as disposées avec tendresse dans un vase en cristal ? Je ne sais pas, mais c’était bon.
Cet appartement, c’est mon nid secret, mon jardin douillet où je m’abrite sans honte loin de mes angoisses…. Ce matin, en y entrant, il m’a semblé plus grand qu’à mon départ. Plus vaste, plus aéré. Plus lumineux. J’ai écarté les bras. J’ai fermé les yeux. Et puis enfin… enfin j’ai pu respirer.
Derrière mes yeux mi-clos, j’ai vu des constellations de faïences, comme celles qui colorent l’Italie, du Piémont ou de la Toscane. J’ai vu des pierres précieuses, des rubis d’un bleu éclatant qui baignaient dans une musique douce... une musique qui berçait les couleurs et les émotions, qui pénétrait les murs, traversant les cloisons ou rebondissant sur les posters représentant les grandes plages du Nord…
Alors j’ai souri. Seul, face à ces sensations, lisant ce petit mot de bienvenue griffonné sur un papier posé sur le comptoir du bar. Oui, j’ai souri. D’un sourire de tendresse et d’admiration. D’un sourire qui voulait dire merci.
Alors maintenant, je n’ai vraiment aucune envie de te reprendre le double des clefs. Garde-les. Te laisser mes clefs, c’est pour moi la façon de te dire que tu seras toujours la bienvenue chez moi.
Maintenant, écoute. Je crois que tu l’as amplement mérité :… écoute le piano… écoute… écoute sa force, écoute cette musique profonde qui nous habite, sincère et pénétrante. Il est pour toi, ce morceau.
Allonge toi et ferme les yeux. Et laisse-toi décoller…
Encore merci, Sev. Merci du fond du cœur.
Sweet kisses to you.
19:14 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : blog, amitié, confiance, société, littérature, dessin, poésie
samedi, février 23, 2008
Bon retour parmi nous :)
Voilà.. après un petit voyage dans cet Espace dès plus agréable, je rends les clés au propriétaire des lieux !
Et oui ! les vacances sont terminés :)
Merci de ta confiance, merci de ce cadeau, merci d'être toi, merci d'être mon ami tout simplement !
Bienvenue chez toi !!
Sweet kisses
07:50 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
jeudi, février 21, 2008
Smile
Grâce à la lueur de ce REverbère, elles se faufilent d’une fenêtre à l’autre.
A MI-chemin du soleil et de la lune, il en devine les plus beaux contours
Cet effeuillage si voluptueux aux travers des voilages lui FAcilite l’esprit.
Soudain la SOLitude n’a plus de poids, car la belle silhouette semble danser rien que pour lui.
L’ondulation sensuelle de son corps qui laisse glisser LA nuisette sur sa peau de soie.
Il appréhende le moment lorsque cette ombre SI glamour se fera éclipse dans ses draps.
DOrénavant, le visage angélique, il sait que pour lui…. demain elle recommencera !
- Smile -
23:55 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
mercredi, février 20, 2008
La Solitude
La solitude frappe à la porte lorsque les sentiments sont partis sans laisser d'adresse...
Ton image en tous lieux peuple ma solitude
Ton image en tous lieux peuple ma solitude.
Quand c'est l'hiver, la ville et les labeurs d'esprit,
Elle s'accoude au bout de ma table d'étude,
Muette, et me sourit.
A la campagne, au temps où le blé mûr ondule,
Amis du soir qui tombe et des vastes couchants,
Elle et moi nous rentrons ensemble au crépuscule
Par les chemins des champs.
Elle écoute avec moi sous les pins maritimes
La vague qui s'écroule en traînant des graviers.
Parfois, sur la montagne, ivre du vent des cimes,
Elle dort à mes pieds.
Elle retient sa part des tourments et des joies
Dont mon âme inégale est pleine chaque jour ;
Où que j'aille, elle porte au-devant de mes voies
La lampe de l'amour.
Enfin, comme elle est femme et sait que le poète
Ne voudrait pas sans elle oublier de souffrir,
Lorsqu'elle me voit triste elle étend sur ma tête
Ses mains pour me guérir.
- Charles Guérin - "L'homme intérieur"
22:40 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
mardi, février 19, 2008
CP chagrin d'amour
L'entreprise HIME Company au Japon a décidé d'octroyer des journées de congés spéciaux à ces employés victimes...... d'un chagrin d'amour !!!.... et plus on est âgé, plus on a le droit à de jours... (plus... difficile à s'en remettre peut-être :) ?)
Certains sont pour : "on ne peut plus travailler, on a la tête ailleurs... !" (ben il y aura des périodes où ce sera désertique dans cette entreprise !!...hum.. !)
D'autres trouvent cela trop personnel !...
D'autres encore pensent que l'idée vient de chez nous... aaaah... notre président si amoureux !! tiens ? il en a eu lui des journées ??? ! :)
Et vous ? qu'en pensez-vous ?
20:00 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
lundi, février 18, 2008
Qui suis-je ??
Si j'étais un homme, je pourrais être toi !
Comme un enfant aux rêves les plus beaux,
Telle une main dans l'autre,
Humour et sensibilité à la fois,
De ton Royaume, tu m'en as fait cadeau.
Sur une douce mélodie de Chopin,
Ce nouvel air t'emmènerait là-haut.
Là tu te bercerais de cet émoi,
Et de la plume qui t'est propre,
Tu en recomposerais peut-être ton destin,
Seulement voilà... je ne suis que moi...
Je ne peux que te prendre la main...
Si j'étais une femme, je serais ta petite soeur !
Un échange de nos vie, un échange sans tabou,
Un trop plein d'amour entraînant les peines de nos coeurs,
La confession sereine d'une confiance entre-nous.
A la Croisée des Mondes, tu rejoins souvent le mien,
Ce coin de ciel bleu dont le pinceau glisse sur la toile,
L'esquisse d'un mirage, là où personne nous retiens,
Telle une petite fille, devant toi qui se dévoile.
Mes larmes et ma tristesse ne te laissent pas sans émoi,
Les genoux "égratigniés", tu me relèves de la vie,
Et pour éviter que je ne prenne froid,
Tu veux toujours être là pour réchauffer mon esprit.
Mais.. qui je suis ? !.... ;-)
23:20 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
samedi, février 16, 2008
La porte est ouverte...
Tu peux entrer... ce blog n'attend que çà. N'attend que toi.
16:30 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : blog, société
dimanche, février 10, 2008
Bienvenue chez moi...
C'est vrai que l'on s'attache à un blog. On y tient, on le bichonne.... Mais comment faire quand on part en vacances une semaine ? Il y a trois solutions. La première vise à ne rien faire, et à attendre son retour pour refaire paraître des notes. La seconde consiste en la programmation automatique. Mais pour la semaine prochaine, semaine où je m'absente et ne pourrai même pas me connecter sur le net, j'ai envie d'essayer une troisième solution. C'est de confier les clefs de mon blog à quelqu'un, avec mon code d'entrée et mon mot de passe. Pour que ce "quelqu'un" y fasse ce qu'il veut.
Mais il faut bien choisir son invité. Avoir en lui une totale confiance. Totale et réciproque. Le mettre suffisamment à l'aise pour qu'il s'amuse sans se sentir ni jugé par le "propriétaire", ni trop à l'étroit...
Une expérience originale que j'ai envie de réaliser à partir de dimanche prochain (le 17), et jusqu'au suivant.
Bien sûr, je n'ai pas choisi au hasard...
Merci à toi d'avoir accepté. Gros bizzzzous et surtout éclate-toi !
20:00 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : blog, amitié, confiance, société, littérature, dessin, poésie
mercredi, janvier 16, 2008
J'ai fait un rêve
Cette nuit, j’ai fait un rêve. Enfin…, non, ce n’était pas tout à fait un rêve, en fait. Tout cela a commencé par la douce pensée que j’ai eue au moment où je me suis tourné sur le ventre, dans le noir, au moment où mes yeux se sont fermés, au moment où je me suis laissé sombrer dans le néant nocturne, embrassant mon oreiller de toute ma chaleur et de toute ma solitude. Je parle de cette pensée agréable que l’on se fabrique volontairement, juste pour nous accompagner dans le passage quotidien vers le nouveau monde. Mais cette nuit, j’ai été comblé, car j’ai eu le privilège de pouvoir prolonger cette douce pensée en rêve libéré, avec tous ses délires et ses apparentes incohérences.
Au début j’ai voulu me propulser en pensée sur le quai d’une gare. Car dans mon imaginaire, c’est là que nous avions rendez-vous, toi et moi. A cet endroit et à cette heure-ci.

J’ai vu le train arriver. Ponctuel. Je suppose que c’est à ce moment-là que la pensée du soir s’est métamorphosée en rêve, car ce n’est pas un train moderne qui est venu, mais un train à vapeur, avec sa grande cheminée qui crachait tout ce qu’elle pouvait ! Et puis je ne sais pas pourquoi, mais tous les gens qui marchaient autour de moi étaient de couleur pâle, comme en pastel, ternes, limites noirs-et-blancs. Il y avait un monde fou, entre ceux qui descendaient du train qui venait d’arriver, ceux qui cherchaient leurs voies, ceux qui accompagnaient les voyageurs… Une foule étourdissante, dont l’écho rebondissait sur les verrières installées à une hauteur démesurée.
Je ne saurais dire s’il faisait chaud ou froid, puisque je ne percevais pas la température, mais ce qui m’a frappé, c’est que non seulement tous ces gens arboraient des tenues d’hiver, mais surtout que ces tenues avaient traversé les années en provenance d’un autre siècle : je ne voyais autour de moi que des femmes avec des cols en renard-argenté, des hommes moustachus en pardessus démodés et chapeaux, cannes et gants.
Et dans ce brouhaha sans couleur, dans cet hiver gris d’outre-temps, je t’ai enfin aperçue, toi, seule actrice de mon film à avoir été colorisée, vêtue à la mode d'aujourd'hui, avec un haut blanc d’été, très contrasté avec les tenues hivernales, fades et tellement viellies des autres personnes. Tu avançais vers moi, à moitié cachée par une grosse dame à chapeau, que tu arrivais tout juste à dépasser grâce à ton mètre soixante six.
Tu ne portais pas exactement un tee-shirt, mais une tenue aérée que les jolies femmes portent dès la fin avril, à l’approche de la belle saison. Tu ne donnais pas l’impression d’avoir froid, dans cette tenue décolletée qui me faisait penser à une délicate broderie blanche, agrémentée d’un collier auquel tu avais su suspendre avec élégance un porte-bonheur en argent. Tu es venue vers moi, le sourire aux lèvres, et tes yeux clairs remplis de soleil.
Alors nous nous sommes arrêtés l’un en face de l’autre. Un petit mètre nous séparait. Nous nous sommes regardés un court instant, puis je t’ai prise dans mes bras et t’ai serrée très fort. J’ai senti tes mains m’enlacer et nous sommes restés ainsi un temps que je ne pourrais fixer sur l’échelle traditionnelle humaine des heures, minutes et secondes.
Puis je t’ai fait un énorme bisou dans le cou, que tu m’as rendu. Un bisou de gentillesse, de tendresse, de douceur, qui voulait dire « Je suis si content de pouvoir enfin te rencontrer »... Et puis nous nous sommes regardés de nouveau. Nous avons souri.
L’instant d’après, tu avais subitement disparu, comme volatilisée, comme partie en fumée. Mon regard est parti à ta recherche. J'ai constaté avec surprise que les décors et les figurants s’étaient subitement colorisés, et que mon univers avait gagné quelques décennies de modernité.... mais je ne saurais dire pourquoi… Finalement, je t’ai retrouvée attablée dans un bar, un peu plus loin, de l'autre coté du quai de la gare.

Un homme était assis avec toi. Il a fallu que je plisse les yeux pour être sûr de le reconnaître… car cet homme, c’était moi. J’étais comme « sorti » de ma personne et j'avais pris la peau d’un simple spectateur anonyme qui nous regardait, toi et moi, depuis le quai. On était tout près l’un de l’autre. On se réchauffait le cœur de nos confidences… Parfois nos mains se touchaient avec une chaste douceur. A deux reprises, tu as saisi ma main et l’as prise dans les tiennes, la serrant affectueusement, embrassant son dessus comme pour me réchauffer et me réconforter. Une autre fois, c’est moi qui ai saisi tes deux petites mains dans les miennes, et plaqué leurs paumes contre mes lèvres qui s’étaient faites soie à ton contact. Nous étions deux complices se confiant librement l’un à l’autre, sans tabou. Je n’ai pas perçu un seul mot de cette conversation ; elle avait l'air très dense, et je ne doute pas une seule seconde qu’elle ait dû être délicieuse, comme le thé qui attendait d’être bu sur la table devant laquelle nous étions installés. Un mélange de rires, de sourires, de regards attentifs, parfois graves, parfois légers, mais toujours compréhensifs.
Toujours doux.
Mais les rêves, si beaux soient-ils, ont l’indélicate attention de s’évanouir au moment où l’on s’y attend le moins… Et le passager anonyme du quai, le voyeur inconnu dont j’avais pris les habits a vu ses yeux s’embrumer d’un voile d’émotion. Ne pouvant contenir des larmes de tendresse, sa vue s’est brouillée, ne laissant la perception qu’à des formes, à des teintes, jusqu’à ne plus rien voir du tout. Un peu comme un rideau qui serait tombé entre deux actes.
Dans la vraie vie, celle de ma solitude nocturne dans laquelle je m’étais délicieusement abandonné, j’ai ressenti la secousse de l’entracte, et, dans une semi-inconscience, j’ai pu constater que mon corps n’était pas endormi de façon uniforme, et que le bien-être de ce film ne m’avait pas laissé indifférent.
J’ai recherché une position encore plus confortable dans mon lit en prenant inconsciemment soin d'enterrer profondément dans l'oreiller mon visage rasséréné par ce instant de douceur : comme pour en garder le souvenir... encore un peu...
Et à l’image de la lune au dehors qui rayonnait de son dernier quartier, j’ai laissé sur mon oreiller l'empreinte d'un petit croissant de sourire que je voulais t'offrir...
Euh… à propos, tu prends du sucre dans ton thé ?
07:40 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [1] | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, littérature, ecriture, poésie, train, onirique, rêve






