mercredi, septembre 03, 2008
Le puits
C'est comme un très gros tuyau...
C’est comme un très gros tuyau, et je suis dedans. Seul. Accroché comme je peux à la paroi intérieure.
A bouts de forces…
Mes mains sont fatiguées d’essayer d’empêcher la chute finale au fond du puits. Mon ongles sont tout-usés par les glissades sur la paroi de pierre. Et plus je glisse, plus la paroi est lisse ; plus je descends, plus c'est difficile de rester accroché. Maintenant, le mur est tout froid, de plus en plus glissant, de plus en plus humide. Mes petits muscles tremblotent d'épuisement... Je suis gelé et je respire difficilement. Je sens des douleurs partout... Je suis tellement engourdi que je ne peux plus tourner ma tête pour regarder vers le haut. Vers le ciel. Je ne ressens même plus la chaleur du monde. C’est que j’ai dû dégringoler sérieusement pour ne percevoir que si faiblement la clarté du soleil qui semble s’éloigner de moi un peu plus d'instant en instant…
Mes yeux saouls de fatigue ne distinguent presque plus les formes. Ni les couleurs. D'ailleurs il n'y a plus de couleurs : juste du gris foncé, du marron peut-être. Et du noir partout. Il n'y a plus de couleurs, mais il y a le bruit : le bruit du froid qui me mord la peau. Comme un blizzard. Comme un acide.
Mes bras sont épuisés à tenter de me maintenir comme çà. Je ne sens plus mes pieds...
J’essaie de ne pas penser à ce qu’il y a en bas. C'est le vide. Et çà pue. C’est tout noir, et je sens des courants froids qui remontent. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose de pas très accueillant, en bas.
C’est drôle, mais je n’arrive pas à avoir peur…
Je suis calme. Je suis bien…. J’ai presque envie de m’endormir tellement je suis bien…
06:30 Publié dans ♣ Spleen, ici mots... | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : litterature, écriture, solitude, journal intime, société, serge lama, chanson
dimanche, juillet 27, 2008
Les petits lapins
L’autoroute s’est arrêtée en pleine campagne. Autour des voies calmes qui bordent les allées aux vieilles maisons, la liste des traditionnels changements commence, un peu comme un jeu... Tiens, sa voisine a repeint ses volets, la boulangerie a ravalé sa façade, et c’est plus joli comme çà...
Mais à l’approche de la maison, on voit bien que là, tout est resté figé. Comme si le temps n’avait pas de prise, si ce n'est le vieillissement naturel des fleurs, des murs, des fers et des arbres.
A l’intérieur, rien n’a bougé. A part le dos qui se voûte toujours un peu plus en fil des visites. De trois-mois en trois-mois, de saison et saison, d’année en année, le temps marque toujours un peu plus de son cruel canif la signature de la vie qui passe.
Même la peinture s’y met en se décollant un peu plus à chaque fois des radiateurs en fonte de la salle de bain. Et le papier peint se ternit par endroits. Dans un tiroir, les petites boîtes, quant à elles, restent toujours rangées à la même place ; elles n’ont aujourd'hui d’autres missions que de rester là, vides de toute utilité et de toute raison d’être. Ces boîtes vides de vie, mais remplies de l’illusion des souvenirs.
Dans le placard de la cuisine, les mêmes assiettes, le même plat blanc à gratins, avec ses sortes d’« oreilles » pour bien le prendre. La tasse est toujours là, pareille à elle-même, portant le nom gravé d’une personne qui est partie depuis bien longtemps.
Dans une des chambres, les peluches sont encore là, fidèles au poste. Le chien Pipo est toujours aussi décoiffé et n’intéresse aujourd'hui plus grand monde. Mais il reste là à monter une garde inutile, et à tenir compagnie à deux ou trois jouets désarticulés enveloppés dans un linceul en sachet transparent serré par un élastique.
Au sous-sol, là où végètent les restes des bocaux de conserve jadis utilisés pour les coulis de tomate ou la confiture de cerises, la poussière commence à régner de toute sa morgue. Car au-dessus de la troisième étagère, plus personne n’y va désormais. Et plus personne ici ne fera ni de confiture, ni de coulis d'ailleurs. Alors on les garde, simplement pour se souvenir qu’un jour, on en a fait.
Les parfums d’une nostalgie qui essaie de résister au temps ne ressusciteront pas les vrais moments. Les moments réels. Ceux de l’amour d’avant. A l’époque où ceux que l’on aimait n’étaient pas couchés dans des cercueils sur lesquels trop de larmes ont plu.
Ici le temps semble s’est arrêté : le présent se confond avec le passé. Et le futur vit sur le fil d’un terme compté.
Mais près de la cave, au milieu de ces photos statiques d’un autre siècle, un objet a été enlevé, laissant entrevoir une malle inconnue. Dans la malle ainsi réouverte, des linges qui ne serviront sans doute jamais plus, des tissus gardés par peur de devoir manquer... mais manquer de quoi, après tout ?.... Ces tissus n’attendent maintenant plus que le son du glas pour être donnés à des nécessiteux.
Et dans cette malle, à l’intérieur d’une boîte mal fermée parfumée d'une naphtaline à l’odeur têtue, un bout de tissu qui dépasse. Un tissu doux, à la teinte bleue claire, fraîche, calme… Une fois tiré de son sommeil, c'est une parure qui apparaît. Un couvre-lit, un double-rideau, un cache-pouf, tout cela cousu à la main, avec la vieille machine à coudre….
Et là, c’est un souffle prisonnier de trente ans qui emplit la pièce. Les petits lapins, le coq, le cheval sont toujours là, fidèles au poste. Comme s’ils avaient été décrochés de la veille. Immobiles devant ce passé qui ressurgit sans prévenir, mes yeux émus regardent tous ces joyeux compagnons, comme s'ils revoyaient de très très vieux amis, lointains, mais pas oubliés.
Soudain, la pièce s’illumine, les bocaux se remplissent, et un petit garçon tout guilleret traverse le couloir pour sortir de la maison en courant, après avoir salué de tout son amour ses parents et ses frères. Avant d’aller à l’école, le cartable sur le dos. Un enfant heureux, espiègle, baigné d’affection, insouciant à l’époque d’avant les drames. Des rires se font entendre au premier étage. De la musique aussi. De la musique de la mode d'avant, et qui emplit l’air.
On aperçoit la R16 dans le garage et le plein a été fait. La 4L est juste derrière.
Des parfums oubliés... Guerlain pour hommes. Puis le générique des chiffres et les lettres… La voix de Jacqueline Caurat.
A l'étage, on dirait que ça sent la cannelle, tout d’un coup. Les pâtisseries orientales, les dattes, la sauce tomate au basilic qui vient d’être cueillie dans le jardin généreux.
D’un coup ça sent la vie… Le temps d’un instant… d’un éclair de temps.
Serait-ce à cause des larmes qui coulent de mes yeux que le tableau devient flou ? Suffisamment flou pour que les petits lapins semblent se mettre à courir d'eux-mêmes dans une nouvelle folle aventure sur l'écran d'un double-rideau bleu. Comme si le temps faisait pour une seconde une boucle sur lui-même, à l'image de cette biquette qui se cabre, effrayée par un animal peut-être un peu trop téméraire... L'écureuil, à l'heure qu'il est, doit être bien loin... En trente ans, il a largement eu le temps de faire sa vie, d'élever ses petits. Puis il s'est éteint. Celui qui joue avec une noisette, là, sur cette parure, n'est qu'un leurre. L'image d'un passé auquel il est dangereux de se raccrocher.
Et puis bon sang pourquoi ce tissu est-il en si parfait état ? Il aurait dû être terni, lui-aussi, il aurait dû être jauni, mangé par les insectes. Il aurait dû être en lambeaux. A quoi ça sert de l'avoir mis tout ce temps dans de la naphtaline, à part à se faire du mal ? A quoi ça sert d'avoir conservé ce morceau de vie qui n'est plus le présent ? A quoi ça sert d'avoir ainsi voulu figer les choses ? A part réveiller la douleur... Oui, la douleur est là. Elle fait mal. Elle taraude le présent. Les voix qui rebondissent sur les murs froids ne sont que chimères, réminiscences de ceux qui sont partis vivre leurs morts bien loin de nous. La page est tournée. Tout cela est derrière, et ne devrait pas être ailleurs... Bien sûr que je donnerais cher pour enserrer de tout mon amour ceux qui ont trop tôt déserté cette maison. Par maladie. Par accident. Bien sûr que je serais prêt à me damner rien que pour pouvoir les revoir, tous les deux. Mais je ne le peux pas. C'est fini tout çà.
Tout ça, c'est plus le présent. C'est pas la vie.
Alors vite, remballons cette parure et laissons ces souvenirs repartir comme ils sont venus. En haut, on m'appelle. Le dîner doit être prêt ; je n'ai pas vu l'heure avancer... Alors, le temps de sécher mes larmes, et me voilà grimpant l'escalier, l'air de rien. Mais soudain, alors que je venais d'arriver en haut, en me retournant il m'a semblé voir au sous-sol comme une ombre bouger en s'éloignant de moi, pour aller dans la direction d'où je venais. Certainement une impression... Bien sûr, rien qu'une impression, qu'est-ce que ça aurait pu être d'autre ?
Mais rien que l'espace d'un moment, je crois que j'ai aimé imaginer que cette ombre furtive soit celle d'un des petits lapins échappé du tissu... Un petit lapin plus aventurier que les autres, et qui chercherait maintenant à rejoindre ses petits copains.
Juste pour continuer à vivre avec eux sur le linceul de mon passé. A jouer sur le grand drap de mon enfance...
Un drap aux couleurs du Ciel.
De la paix.
Aux couleurs de l'eau, comme celle mêlée de larmes, de joie ou de peine, et qui coule paisiblement sous les ponts...
06:57 Publié dans ♣ Spleen, ici mots... | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : société, écriture, litterature, enfance, journal intime, nostalgie
mercredi, juillet 16, 2008
Je retournerai là-haut
Oui, je retournerai là-haut.
Je ne sais pas encore quand, je ne sais pas encore comment, mais j’irai. J’essaierai le train. Ou alors l’avion. Pourquoi pas même le stop, le pouce levé sur le bord de la route…
Sur le chemin que j'emprunterai, j’arracherai de rage les toiles d’araignées naissantes, et fracasserai de mon piolet les congères en formation.
Même si je dois y arriver comme les fanatiques de Fatima, qui terminent leurs pèlerinages sur les genoux, je n’hésiterai pas à me casser les rotules. A m’arracher les peaux. Juste pour te revoir.
Un fois sur place du village, même en lambeaux, j’irai saluer le gardien, robuste gaillard coiffé de son heaume d'acier : je le reconnaîtrai sans problèmes, puisqu’il garde nuit et jour l’entrée sans sourciller… Sans bouger. Fidèle à son poste, sur la même portion de trottoir. Seul, je rentrerai dans le restaurant qu'il est sensé surveiller, et je m’installerai en haut des trois marches. Dans cette antre vidée de toute âme, je m’assoirai à notre table. Dans l'atmosphère grise, terne, vide de ces lieux, je commencerai à te parler, à t’expliquer ce qui s’est passé depuis. Je te raconterai mes douleurs, mettrai des mots sur les piquants qui m’assaillent en plein sommeil et qui brisent mon repos de leurs lances aiguisées et perverses. Grâce à toi, je pourrai enlever les échardes qui poussent sur mes doigts et à l’intérieur de mes paumes.
Je te parlerai. A force de te parler, je suis sûr que ta silhouette se dessinera en face de moi. Tout doucement. Comme si un magicien caché derrière un pilier, armé de seulement de quelques bulles de savon, arrivait à te recréer devant moi. Alors tu apparaîtras, telle une image presque transparente, devant moi, dans un halo de lumière orangée. Je reconnaîtrai le sourire sur ton doux visage, celui de la sœur qui m’a déjà sorti du cercueil une fois, dans un passé pas si lointain. Je te parlerai, et te reparlerai encore. Te raconterai les tiraillements qui sabotent mes jours, les transformant en nuits permanentes. Je sais que tu m’écouteras.
Et si entre mes larmes l'envie me prennait de tendre une main vers toi, juste pour te caresser ta joue d'un timide revers de mes doigts, alors il est possible que tout disparaisse, que la bulle de savon explose par la simple rugosité de ma peau, laissant ainsi jaillir des milliers de gouttelettes infimes vers le plafond, juste avant qu’elles ne retombent sur le sol. Je profiterai de ce moment pour me lever, et sortir en traversant le rideau de brume que tu auras créé. Le dos voûté.
Dehors, il pleuvra peut-être. Il pleuvra sans doutes. D’une petite bruine fine qui aura le goût et la texture agréables des gouttelettes de l’instant d’avant. Et puis j’irai sur le parking. J’irai sur le parking pour essayer de retrouver ta grande voiture sombre. Au milieu du crachin, je chercherai parmi les numéros des plaques celui qui caractérise la tienne. Je la reverrai certainement, garée à la même place. Son 1, son 8 et son 4 brillants comme des lumières de paix et de sérénité. A l'intérieur, toi au volant, et un autre moi-même à tes cotés, te serrant doucement la main pour te réconforter.

Alors, me tenant à distance de ce tableau pour ne pas interférer dans les raccourcis du temps et de l’espace, je sourirai d’une grimace mouillée de larmes. Des larmes d'infini. De ces larmes qui me rappelleront qu’il ne me reste plus qu’à faire demi-tour, à laisser ces parfums de fleurs et de fruits voguer dans l'atmosphère de ces lieux. Et, armé de mes seuls souvenirs, rentrer.
Seul.
LOVE SONG - SARA BAREILLES
06:50 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [2] | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : femme, chanson, société, beauté, féminin, ecriture, litterature
mercredi, juillet 02, 2008
La glace
Je l’avais aperçue en entrant, mais ce n’est qu’un peu plus tard qu’elle m’a vraiment sauté aux yeux : la grande glace qui trônait sur l’un des murs, et qui essayait tant bien que mal de rendre un peu plus spacieux l'intérieur de ce studio perché en haut d’un vieil immeuble sans ascenseur. Dedans, ça sentait la clope, mais j’ai aimé çà. Un fond de bouteille de jus d’orange sur la table basse, un paquet de chips ouvert à coté… Des papiers jetés sur la moquette…
Oui, c’est grâce à ce miroir que je me suis vraiment rendu compte de là où j’étais. Et de ce que je faisais. Au moment où mon regard a croisé le tain qui me faisait face, et quand j’ai pu voir l’écho qu’il me renvoyait. Le reflet de l’instant, reflet de la vérité. Celui d’un homme sur un canapé. Celui d’un homme dans le plus simple appareil, nu dans la chaleur étouffante de ce dernier jour de juin.
Celui d’un homme entouré de deux jeunes femmes, la brune à droite, la blonde à gauche. Sans habits, sans fards. Sans rien de plus que leurs visages doux et fins, leurs voix calmes et chaudes, et leurs jolis sourires. Deux jeunes femmes voluptueusement nues, et des mains qui couraient sur les corps, en surfant sur les cambrures, faisant tremplins des reins et jonglant de ces quatre seins dans la moiteur du désir.
Position scandaleuse, hymne à la bigamie, fantasme entretenu par les films qui excitent les mâles : deux femmes. Une pour la bouche, une pour le sexe. Une sur mon sexe, une au-dessus de ma bouche. Étouffement délicieux de trois corps enlacés, dans l’odeur forte de l’été naissant. Textures différentes, tissus personnels, parfums typiques... Ivresse des sensations auxquelles un duel traditionnel ne pourrait répondre…
Plongeon exquis dans la débauche. Délicieuse glissade vers l'interdit.
Enfoui profondément depuis tant d’années, le fantasme n’a pas tardé à jaillir, comme un volcan qui aurait sommeillé longtemps, et qui, là, n’aurait pas cherché la performance de la durée... Mais simplement la satisfaction, le plaisir du moment, le mélange des peaux, des odeurs, le laisser-aller total, le combat délicieux des langues assoiffées lapant une partition à quatre mains expertes, concerto pour un piano dont les cordes seraient tendues au maximum. Elles se partageant le grave, et puis l’aigu.
Pour aller au-delà du raisonnable, faire exploser en morceaux de verre nos rudiments de culture chrétienne, et enfin pouvoir vivre ce à quoi tant d’hommes rêvent… Pour rêver plus tard de l’avoir réellement vécu…
Quelques minutes de plaisir vendues par deux jeunes femmes... Quelques instants d'un baptême inavouable, nouveau dépucelage d’un adolescent qui a passé l’âge d’en être.
La brune, la bonde…
La blonde, la brune. Elles que je voyais droit devant, siégeant, nues à mes cotés... mon petit harem. Nues, telles que je les voyais juste en face de moi, grâce au reflet de la glace qui me renvoyait le feu. Grâce au miroir dans lequel mon sourire fier ainsi doublé a marqué ma vie d’homme d’une parenthèse de plaisir et d’une curiosité satisfaite.
D'un moment que j'ai aimé. Oui, vraiment beaucoup aimé...
15:24 Publié dans ♣ Chauds shows... | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : femme, erotisme, société, beauté, féminin, ecriture, litterature
lundi, juin 30, 2008
Lévy Ouindi
Prononcez "Lévy Ouindi", c’est à dire comme c’est écrit, quoi…
Bon, en fait, faut que je vous explique…. J’ai assisté un après-midi de juin à une conférence en anglais… On était une quinzaine dans une salle, assis sur des chaises un peu raides.... Bref, rien d'original jusque là... Le truc très chiant, quoi.... Mais comme le repas du midi était plutôt classe et généreux, j’ai eu du mal à me mettre au taf en début d’après-midi….. Et j'ai dû laisser mon esprit voguer (vive la rose), et puis bon, faut aussi le dire, j’ai pas forcément le talent inné des langues étrangères, et maille ingliche iz notte flouidy !! (ben ouep ! jsuis pas comme certaines d’entre vous qui sont à l’aise dans la langue de Maggy Tas d’chair … isn’t it, Sid ?….).
Bref (comme dirait Pépin), j’ai soudainement dû ressentir l'imminence d'un sommeil arrivant à pas feutrés dans mon esprit déjà détaché du bruit ambiant..... et hop, çà m'a fait soudainement une secousse.
Hein ?... quoi, keskia ? Y dit quoi le monsieur ?
Et là, j'entends "Lévy Ouindi".... sûrement que c'était une fin de phrase alambiquée dont je n'ai pas pipé le sens et dont les mots, même si je les avais entendus, n'auraient pas eu franchement l'écho souhaité dans mon esprit un peu franchouillard...
Ah ! Mais si, je sais (me suis-je dit tout seul personnellement à moi-même) : Lévy Ouindi, çà pourrait être un excellent nom pour l’animal de la vieille Babeux, la mère des amis que nous connaissons tous depuis longtemps : Edwin et Gaétan. Disons que leur mère (que je n'ai pas encore présentée) s’appellerait Simona (çà, çà me paraît évident qu'elle s'appelle Simona, me demandez pas pourquoi, j'en sais rien... comme çà, une intuition poétique..... [NDLR : arrête tes conneries et abrège, les lecteurs, çà commence à les gaver tes délires à deux balles !!]), et qu’elle aurait un animal qui s’appellerait Lévy Ouindi. Ça vous va ? De toute façon, z'avez pas le choix, puisque j’ai décidé. Et toc.
Donc, (roulement de tambour : RRRRRRRRrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr !!!! RRrrr !!!!! ), je vous présente Lévy Ouindi, l’animal des Babeux. Un animal qui a grandi à Vergonghéon (et ben !!), l'animal de comagnie fidèle à la vieille Simona Babeux.
Applause, please !!
Euh… ah, j'vous ai pas dit ce que c’était comme animal (suis-je sot, parfois !). Vous avez des idées sur la race de la bestiole ? A première vue, je verrais bien un escargot. Tout baveux, lent (et en plus il souffrirait d’herpès)…
Z'en pensez quoi ?
;-)
Amis de la poésie…..
08:00 Publié dans ♣ La famille Babeux | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : société, délire, humour, ecriture, litterature
samedi, juin 14, 2008
C'est jour de fête
Dimanche, c’est jour de fête. Et moi en ce dimanche je vais penser à lui, parce que justement ce jour me le rappelle encore plus fort à ma mémoire.
La journée commencera par une matinée colorée de l'émail éclatant de ces sourires émus. De ces moments vrais, émouvants, de ces instants où je me pincerai la langue pour ne pas verser ma petite larme devant le tableau magnifique de l’amour. Devant ces petites frimousses qui viendront, pleines d’émotion, devant moi, tôt le matin, en petits pyjamas à fleurs ou à grosses voitures. Parce que ce jour, j’aurai un peu plus encore que d’habitude la preuve de leur amour fort et fier, fort et indestructible. L’amour de mes enfants qui viendront me lire un poème, m’offrir leurs petits cadeaux fabriqués à l’école… ceux dont la préparation aura pris des jours et des jours durant lesquels ils auront été si agréablement déchirés entre l’envie d’en garder le secret et celle de me mettre dans la confidence… ces cadeaux construits avec leurs cœurs et qui trôneront, suivant les usages auxquels ils sont destinés, soit à la cuisine, soit dans la chambre, ou sur le bureau, mais en tout cas loin des tiroirs poussiéreux où ils ne méritent pas de finir. Car quoi qu’ils soient, ils étincelleront de toute ma fierté d’avoir reçu les plus beaux des présents, faits avec leurs petites mains d’anges, et accompagnés de petits dessins dont chaque approximation, chaque débordement du trait mettra encore plus d’authenticité dans la tendresse innocente qu'ils me portent…
Mais après le vent chaud, je sais aussi que c’est le vent froid du grand nord qui va souffler, celui qui ramène les relents de neige des hautes latitudes, ce vent qui mord les jambes, qui chatouille si désagréablement les cuisses et qui pince fort la peau du visage. Car après ce plein d’émotion, ce sera le moment du vide. Mon vide à moi de ne plus pouvoir en faire autant, en ce dimanche de mariage entre l’infiniment doux et l’infiniment dur. Ce jour que j’attends avec toute l’impatience d’un père comblé, le fils ne pourra le vivre qu’en souvenir d’un temps définitivement rangé dans la bibliothèque du passé. Et ce jour-là, mon cœur aura le pincement de ce coup de fil que je ne passe plus, de cette voix que je n’entends plus, de ce rire qui fait désormais partie de mes souvenirs.
Parce qu’avant d’être père, j’ai été fils.
Ce dimanche, je repenserai aux parfums calmes de mon enfance, aux murs qui résonnent encore du réconfort de sa présence, et qui se souviennent peut-être de sa préparation des crêpes à la béchamel ("avec plein de fromage s'il te plaît, c’est meilleur !"), et des moments de ma jeunesse où nous jouions, complices, au jeu des chiffres ou à celui des lettres... ces murs qui résonnent peut-être encore de ses calembours à deux balles (je me demande si çà serait pas héréditaire ?...)… Oui, ce dimanche je revivrai les mille et un moments de cette complicité d’avant, en oubliant les inévitables désaccords qu’un adolescent un peu rebelle peut avoir avec une autorité pourtant nécessaire, pour ne retenir, du coin de mon cœur meurtri et de mes yeux humides, que le regard d’amour et la tendresse irremplaçable du meilleur des pères.
Celui qui, couché sous la simple dalle de marbre grise, ne pourra jamais plus se relever pour me serrer dans ses bras.
10:32 Publié dans ♣ Spleen, ici mots... | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : société, fête, fête des pères, famille, tendresse, poésie, littérature
mardi, juin 10, 2008
Revoir le soleil...
Pourquoi faut-il que je m’y prenne à une heure du matin pour avoir le courage de me l’avouer à moi-même… car oui, j’en ai conscience : l’émotion m’a fragilisé, la timidité m’a paralysé... et j’ai dû te paraître bien froid… beaucoup trop froid. Et pourtant, la journée a été tellement parfaite… tellement géniale… tellement oxygénante… Mais je m'en veux quand je me revois au moment de notre rencontre… A ce moment, oui, je l’avoue, j’ai été très ému. Peut-être trop, même... Je ne connaissais pas l’endroit, mais peu importait, puisque tu étais là. Si c’était à refaire, j’aurais le courage de te serrer dans mes bras. Fort. Pour sentir ton petit cœur battre à travers nos vêtements. J’aurais même abandonné ma tête dans le creux de ton épaule. Et je t’aurais fait plein de bisous dans le cou et près de ton oreille. Et puis des gros sur tes joues. Des chauds, des chaleureux… Doucement. En laissant le temps se calmer pour nous offrir ces minutes d’une tendresse clandestine… Rien qu’à nous. Si je pouvais revenir en arrière, c’est çà que je ferais….
Si j’avais ce pouvoir, je te retrouverais dans ta voiture... et si c’était à refaire, j’oserais prendre ta main dans la mienne. Tout simplement. Juste pour faire courir de nous à nous ce magnétisme qui nous caractérise si bien. Je t’aurais tenu la main, et on aurait été bien. Oui, bien. J’aurais pris tes doigts entre les miens, j’aurais caressé ta paume. J'aurais massé ton poignet, et baisé ta peau. Être plus proche de toi. Juste en tenant ta main dans la mienne, au lieu de te laisser maltraiter ton bracelet...
Mais pour pouvoir ainsi revenir en arrière, il faudrait que je sois un remarquable magicien ! Un être qui aurait enfoncé Houdini dans l’anonymat le plus complet…. Il faudrait que je remonte le temps, jusqu’au début de la création de l’homme, puis que je reprenne la route du présent. Et sur le trajet, j'aurais pu regarder naître les religions et tous les saints, Homère réécrire son Iliade, les révolutionnaires guillotiner leur roi…. Revivre le siècle passé, changer de millénaire, et puis très vite reprendre le train…
Reprendre le train. Et ta main. Respirer ton parfum de plus près. Oser te masser doucement les épaules. Juste tes épaules. Tout doucement pour te détendre… juste pour que tu soies bien. Laisser mes mains contourner ta nuque, déborder sur le haut de ton dos, te donner de la chaleur pour faire fondre tes inquiétudes. Et disparaître tes angoisses. Si seulement j'avais pu mieux te rassurer...
Si j’avais été moins froid… si j’avais été plus courageux… si j’avais été plus moi-même…
Si…
01:05 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [2] | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : société, femme, tendresse, poésie, littérature, ecriture
dimanche, juin 01, 2008
Gaétan Babeux
L’oublié… c’est ainsi qu’on l’a toujours qualifié… oublié des hommes, oublié des femmes, oublié des gens. Alors à force de ressentir l’oubli, il s’est oublié lui-même, dans un cercle de déchéance dans lequel il s’est pris un jour les pieds… et dont il n’est jamais ressorti.
L’oublié… c’est ainsi qu’on le nomme, lui, considéré par tous comme l’éternel raté de la famille, si marginal par rapport à son frère Edwin. Son frère, celui qui a réussi…
Alors retrouvons Gaétan Babeux en ce dimanche de brocante, marchant près du vieux tilleul. Il est là, Gaétan, là, sur la place du village.

Depuis très tôt ce matin il est là, le regard dans le vide. Depuis les aurores il fait semblant de s’intéresser à ce qui l’entoure, l’air absent.
Il se fait surtout croire que l’on s’intéresse à lui. Car en vérité c’est un sentiment dont il a fait son deuil depuis longtemps… Alors il se contente d'imaginer qu’il sert à quelque chose. Qu’il est utile.
L’oublié… c’est ainsi qu’on le nomme.
Et en ce matin de ce dimanche de brocante, il erre, solitaire, dans son vieux jeans usé, dans sa veste râpée, sa veste d’occasion aux couleurs grises de son cœur, dans sa chemise bleue claire assombrie par la saleté....
Oui, il erre, seul. Il erre parmi les leves-tôt qui installent leurs tréteaux, comme si il était à la recherche d’une bonne affaire… mais pour pouvoir faire une bonne affaire, il faudrait être nanti, ce qu’il n’est pas… C'est pourquoi il se contente de promener sa carcasse d’homme raté au milieu des familles normales toutes excitées de pouvoir faire enfin « la brocante annuelle du village »…
Son regard croise cette petite fille, aux cheveux clairs, et qui court après son grand frère en l’appelant « Thierry, Thierry, rend-moi mon pompon que tu m’as pris »…. Il croise ce couple d’amoureux, venu très tôt chercher parmi les ventes proposées de quoi meubler leur maison, ce couple dont la femme veut à tout prix trouver, ce dimanche, des bibelots anciens mais rouges, en harmonie avec sa cuisine…
Plus à droite, il voit ce jeune homme proposer à la vente ses souvenirs de vacances en Asie, avec un écriteau plaisantin « Toute l’Inde est ici »…
Gaétan Babeux, lui, l’oublié, celui qui semble transparent ici, sans prise avec son entourage. Lui, qui a peut-être un jour été un homme mais qui aujourd’hui ne ressemble plus à rien. Si ce n’est à un paumé en loques, à un clandestin de la vie, un zappé du bonheur…. Gaétan Babeux, l’oublié.

Dans ses errements, traînant ses vielles chaussures molles (les seules compatibles avec l’état calamiteux de ses pieds), il s’arrêta devant ce marchand-d'un-jour qui proposait des tableaux, croquis, sous-verres, glanés çà et là dans l'année et mis en vente à cette occasion. Pourquoi Gaétan s’est-il arrêté ici, à cet instant, devant lui…. Il n’en sait rien. Mais ce qu’il sait, c’est que son intuition lui a demandé de le faire.
Guettant chaque mouvement de ce vendeur du dimanche, il fût subitement attiré par un sous-verre tout juste installé, représentant un femme nue, de dos. Pourquoi cet tableau-là ? peut-être parce qu’il se dégageait de ce dessin une puissance de magie, de tendre pudeur, de sensibilité qui n’était pas ordinaire… Parce que cette femme, de dos, rayonnait d’une authenticité éclatante et qu’il se dit que le dessinateur a vraiment beaucoup de talent….. Sentant l’âme de l'artiste transcender sa plume pour éclater au grand jour dans cette silhouette, Gaétan décida de s’approcher de la table pour voir de plus près cette œuvre, se rendre compte… peut-être même la toucher ? la saisir ? C’était sans compter l’agressivité d’un vendeur apeuré par l’état de présentation hors-normes de cet hôte qui, s’il restait là, pourrait devenir encombrant et préjudiciable pour les potentiels autres acheteurs…
« On ne touche pas » ! meugla le jeune homme, haut et fort, pour se faire entendre de tous. « On ne touche pas » !… Et le sage et bon Gaétan, oublié de tous, se rappela soudainement que pour son apparence, il ne serait oublié à la seule condition qu’il passe à distance hygiénique et convenue des autres hommes…
Une distance convenue… C’est quoi, une distance convenue ? C’est loin des autres, tout simplement. Et alors, encore une fois, Gaétan choisit de s’éloigner, courbant l’échine, respectueux (on ne sait pas pourquoi), poli (on ne sait pas non plus pourquoi), et en souriant presque…
Et c’est là, à cet instant précis qu’il se passa quelque chose de spectaculaire… quelque chose de fou…, de sur-réaliste. La femme du tableau se mit à bouger… Elle leva tout doucement un bras en direction du ciel… Mais… mais c’est impossible… C’est un dessin… Comment un dessin pourrait bouger…?....
« Elle bouge ! » cria-t-il… « Barre-toi, t’es déjà bourré, papy à cette heure ? », lui répondit le vendeur qui finissait de préparer ses produits à la vente….
Mais non, il ne rêvait pas. Il eut juste le temps de voir cette femme lever un doigt vers un endroit précis, comme si elle voulait lui montrer quelque chose… avant d’être chassé par le vendeur avec pertes et fracas…
Mais il n’avait pas rêvé, il n’avait pas bu. Cette femme, sur le croquis, avait vraiment bougé… Elle a bien remué ses fesses pour attirer son attention, puis levé son doigt en direction du chemin, là-bas, celui qui mène à la piscine….
Suivant son intuition, Gaétan prit çà comme un signe. Et il décida de s’y rendre. Comme s’il s’agissait d’une demande du destin qui avait besoin de lui, là, à ce moment-là. Maintenant.
Il s’y dirigea à pas rapides, ne sachant pas pourquoi il y allait, ne sachant pas si c’était ce qu’il devait faire, mais il y alla. Contournant l’entrée, il entra dans le petit parc, et regarda par la vitre. Il n’aurait pas été surpris que la piscine fût vide, les rares matinaux s’étant attachés à se promener entre les rangs de la brocante, cette festivité annuelle qui attirait de plus en plus de badauds.
Mais en regardant de près, à travers la vitre, il vit quelque chose bouger à l’intérieur. Gaétan colla son visage pour mieux voir. Mais oui, c’est une main qui dépasse. Un main dans l’eau !
« C’est une main qui dépasse ? Bon sang, mais quelqu’un est en train de se noyer ! » ... Il voulut crier pour alerter quelqu’un , mais il n’y avait personne ; il était seul, seul à contempler quelqu’un en train de se noyer de l’autre coté de la vitre.
Il fallait qu’il fasse quelque chose. Le moment pour lui, ce raté de la vie, ce marginal oublié, de sortir de l’ombre et faire quelque chose de bien… Enfin…
Alors il entreprit de tambouriner à la vitre mais au moment où son poing toucha la vitre, il se mit à la traverser, comme si elle était devenue un voile transparent. N’étant pas au bout de ses surprises, il se trouva ainsi comme par magie de l’autre coté de la vitre, dans cet intérieur surchauffé par l'eau chlorée. Et il s’approcha de l’eau. Oui, il vit une main qui dépassait, comme si elle allait se noyer… je dis « elle » car effectivement, c’était une femme…
Il fallait faire vite. Cette femme avait du avoir une crampe en plein milieu d’une de ses traversées, et elle allait mourir s’il ne faisait rien. Elle n’était pas très loin du bord, alors il se baissa, Gaétan Babeux. Lui, l’oublié, le loup solitaire, le raté du bonheur… celui qui ne savait même pas nager… Il se baissa tant qu’il pût et tendit jusqu’à la limite son bras et sa main attrapa enfin la nageuse à bout de force.
Et là, la magie du contact fit son œuvre. La femme ainsi ramenée vers le bord pût sortir de l’eau et enfin respirer. Elle était jeune, belle. Elle était nue, désirable. Et ils se sourirent. Oui, elle lui sourit, à lui à qui plus personne n’avait souri depuis si longtemps…. Et il sentit son cœur battre de fierté, parce que cette femme l’avait changé. Parce que grâce à elle, il serait quelqu’un d’autre. Définitivement. Et il se senti grand. Grand grâce à elle. Il l’aida à se redresser complètement, et maintint ses mains dans les siennes. Juste comme çà, doucement... Il vit ainsi de plus près cette jeune femme au visage exceptionnellement beau et fin, expressif et doux. D'un regard gorgé de générosité et de tendresse. Et là, il sentit son corps se ragaillardir, ses vêtements changer, comme par magie. Devenir beaux. Devenir propres.
Le regard de Gaétan fût à ce moment attiré vers le haut. Sans lâcher cette magnifique naïade, il vit le toit de la piscine disparaître et s’ouvrir vers un ciel enchanté. La voûte céleste changea de couleur et devint de feu. Et tous les deux furent plongés dans une douce lumière orangée.

Ils virent dans le ciel comme les lumières d’une autre ville, une ville inconnue où tout serait plus simple. Une ville aux lumignons verts qui crépitaient et dansaient comme dansent les gens heureux.
L’orange, cette teinte de la puissance des Dieux du ciel qui semblaient ainsi offrir un signe de remerciement à Gaétan Babeux. Gaétan Babeux, jadis appelé l’oublié, et qui à cette seconde, tenant la main à cette fée sortie des eaux, venait d’être rattrapé par la vie.
Orange… cette couleur chaude du bonheur et de la sérénité intérieure qu’il venait de retrouver… cette couleur dont le nom marie si justement l’éclat de l'or qui a illuminé le sourire d’un ange…
22:16 Publié dans ♣ La famille Babeux | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : société, femme, tendresse, poésie, littérature, ecriture
vendredi, mai 23, 2008
Le pont
Pour la troisième fois, j’ai enjambé le grand pont. A cet instant, là où j’ai commencé mon ascension en direction du ciel, à ce moment-là, oui, j’ai entendu cette musique. Comme si la station de radio m’envoyait un clin d’œil complice.
A ce moment là, à l’endroit où le fleuve s’abandonne dans la mer, j’ai ralenti. J’ai levé le pied, juste pour mieux goûter ces douces minutes, me laissant flotter au-dessus de l’eau, au milieu des goélands qui volaient sans effroi autour de moi. Un instant déscotché de la terre, au milieu d’un nulle part aérien, parfumé par ces quelques notes qui tombaient à pic. Prélude d’un moment de fraîcheur.
Oui, tu l’as reconnu toi-même : tout est allé très vite. Trop vite. Beaucoup trop vite. Moi aussi, j’ai vu défiler le temps à toute allure. Je ne suis même pas sûr d’avoir vraiment déjeuné avec toi… en pourtant si ! Au moment du départ, j’ai bien cru qu’un diable espiègle avait changé les aiguilles de nos montres rien que pour raccourcir cette parenthèse qui avait osé casser la routine du quotidien. Cette parenthèse pulpeuse, truffée de confidences, celles qu’on n’ose pas clamer, mais qu’il fait tant de bien d’avouer. De s’avouer doucement, presque en secret, à l’ombre d’un Mouton-Cadet raffiné. Loin de ces conventions, celles dont on se demande bien si elles sont davantage néfastes que ridicules. Ou l’inverse. Mais peu importe…
Si j’étais si bien, c’est qu’au-delà des mots, dans la profondeur de ton regard, j’ai su percevoir les lueurs de ta fragilité, les fragrances d’une grande sensibilité… Dieu merci ! car le plus beau des regards, le plus radieux, le plus exemplaire, s’il ne cache pas l’émotion, la nostalgie, la tendresse, alors il n’est qu’une plate carte postale. C’est cette sensibilité, cette fragilité qui fait tout ton charme, et qui me motive… pour te revoir encore.
Pour la troisième fois, j’avais enjambé le pont. A ce moment de grâce où l’eau douce se meurt dans l’eau salée de l’Atlantique, à ce moment où je me suis senti partir vers le haut, grandir de chez les hommes... A ce moment-là, j’ai entendu cette musique douce.
Celle que je te dédie maintenant. Pour quelques instants d’émotion. Une émotion douce …et salée en même temps.
22:22 Publié dans ♣ Sweet (tout coton...) | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : société, femme, tendresse, poésie, littérature, ecriture
jeudi, mai 15, 2008
Six louettes
Une fine silhouette,
Vague dans le gris,
Vogue dans sa lumière.
Cette fine silhouette,
Equivoque dans la pluie,
S’enrubanne dans son mystère.
Pour cette silhouette,
Timide à l’envi,
Entre le Ciel et la Terre (*),
Que ces mots retombent sur sa tête,
Comme d’une forêt de confetti,
Chassant les rames des trimères.
Et n’oublie pas, Isacette (**),
Que respire derrière mes folies,
La tendresse du Pythière (***).
Tiré de Sénèque (« C’est quand qu’on tue l’archevêque ? » ; 345 après JC).
- Photographie de Marc "Verrat"...
- Décors de John Lennon
- Costumes de Georges Babeux
- Mise en scène de Agläe du Bois de la Vigne
(*) : correction librement apportée par Goethe le 11 décembre 1676, après la brûlure de cette partie du-dit-document suite à l’incendie d’une station-service.
(**) : meilleure amie de Shakespeare. On voit ici toute l'influence de la langue anglaise sur l'oeuvre de l'écrivain.
(***) : du décrovinchien « Pythièéaas, pythièéréus », signifiant écrivain. Le traducteur, pourtant naturellement doué, a laissé ce mot d’origine pour conserver la rime.
11:51 Publié dans ♣ Mi-ganesh mi-ganach | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : poésie, littérature, délire, humour, joke, société, parodie


