mercredi, mars 18, 2009
De Notre-Dame à la mer
Je suis repassé devant Notre-Dame. Ce n’est pas par hasard. C’est là que tant de choses se sont passées ! Notre-Dame, fière, droite, belle, majestueuse…. Notre-Dame, me reconnais-tu ?…
Je me suis assis sur le parvis. Longuement. Je n’ai pas eu le courage de re-rentrer dedans, ni de me re-diriger vers le mémorial en contrebas.
Ça m’aurait rappelé trop de souvenirs : des bons, des magnifiques, des inoubliables…. mais des souvenirs passés… : le moment de notre baiser, si tendre, si doux, si fou, si… . C’est là que nous nous sommes regardés de façon si soutenue, si forte, et que nous nous sommes serrés dans les bras, nous embrassant passionnément, sensuellement.
Sur le chemin qui me ramenait à l’hôtel, je me suis arrêté chez le parfumeur pour acheter le parfum le plus enivrant de la Terre : le sien. Celui que, tant de fois, j’ai pris l’habitude de sentir en entrant chez tous ces vendeurs de fragrances devant lesquels je passais, comme si j’étais un acheteur en puissance… Mais cette fois, j’en ai acheté un. Et il est pour moi.
- Vous n’avez pas de bagages ? m’a dit le réceptionniste de l’hôtel, étonné de mon petit viatique.
- Non, je n’ai que çà, lui ai-je répondu.
J’ai choisi, sciemment, l’hôtel du poète. C’est évidemment là que je dois aller, car c’est celui qu’elle connaît le mieux, après tout…. Et puis je suis rentré dans cette chambre. Peut-être a-t-elle déjà eu l’occasion d’en franchir le seuil… peut-être…. Mes larmes ne venaient pas. J’avais dépassé ce stade.
J’ai pris le temps de faire un tour d’horizon rapide de la chambre. Soignée. Puis j’ai punaisé sur l'un des murs notre photo, que j’ai faite agrandir en un poster immense. Cette photo : notre photo… prise un jour à la hâte dans un photomaton d'une station de métro ventée. Une fois agrandie, elle trahissait malheureusement la grossièreté du grain… mais qu’importe ! C’est notre photo, à nous… et l’important est que, de suffisamment loin, je puisse la voir. De la salle de bain, à l’autre extrémité de la chambre, on la voit très bien, alors c’est parfait. Qu’est-ce qu’elle est belle, sur cette photo ! Je la regarde encore : je pose à ses cotés, et, à l’instant du déclenchement du flash automatique, je lui offre un doux baiser sur sa joue. Et elle, elle sourit… ou plutôt elle illumine l’environnement de son sourire.
Que tu es belle, mon coeur... Et qu'est-ce que tu me manques...
Puis j’ai fermé les volets à fond et allumé quelques lumières tamisées. J’ai orienté la lampe de chevet de telle sorte qu’elle mette en valeur le poster de notre amour passé. Voilà, un peu plus à droite… Voilà, là… c’est parfait comme çà. Les lumières de coté, combinées au silence de cette chambre, … tout cela donnait un caractère presque religieux à l’endroit.
Je suis serein. Je m’étonne de me voir aussi serein. Aussi calme. Je n’en reviens pas. J’ai mis en route la radio de la chambre d’hôtel en choisissant une radio douce… tiens, RFM, çà c’est très bien. J’ai ouvert la porte de la salle de bain, et je l’ai laissée grande ouverte. J’ai fait quelques pas dedans, et me suis retourné vers la pièce principale ; de là, je peux enfin contempler ce fameux poster. C’est bon, je ne change rien. Puis je me suis déshabillé. Complètement. Et j’ai fait couler un bain. Un bain chaud, comme elle les aime tant… mais aujourd’hui elle n’est pas là…
Elle n’est pas là. Où est-elle, en ce moment ?
Avec un amant qui lui caresse les genoux dans un café ? Avec un ami qui la dévore des yeux en la regardant rire et fumer.... Peut-être est-elle dans un restaurant, dînant avec un homme, tout en espérant que celui-ci se jette très vite sur elle, arrachant avec sa bouche son string et son soutien-gorge, pour mieux gober sa peau douce, ses seins généreux, ses jambes qui n'en finissent pas.... Peut-être est-elle nue, se mouvant dans un lit de soie, criant de plaisir avec un mâle qui la fait jouir.... ou bien s'occupe-t-elle, lascive, du corps d'un homme en le faisant chanter de plaisir grâce à sa bouche gourmande qui s'est abattue sur son endroit le plus viril...
Je ne sais pas où elle est, mais elle va sûrement très bien, elle. C'est moi qui ne vais pas. Pas du tout.
Je suis rentré dans mon bain.
J'ai sorti le couteau de sa housse. « Attention, il coupe beaucoup – m’avait dit le vendeur. Soyez prudent, ne vous blessez pas ! ». Bien sûr, loin de moi l’idée de lui raconter le dessein que je lui réservais…. Il est à coté de moi, cet instrument de la délivrance. Et, surtout, il y a ce parfum magique que je veux sentir en fermant les yeux : j’ai ouvert le flacon et je peux enfin respirer ces senteurs d’un passé de bonheur qui ne se conjugue plus au présent. En le respirant, enfin je me mets à pleurer. Enfin ! Qu’est-ce que çà fait du bien ! Ces larmes tièdes coulent le long de mon visage et atterrissent dans l’eau. Je me souviens alors d’une citation que j’avais lue dans une carterie, et que j'avais partagée avec elle : « Je voudrais être une larme pour naître de tes yeux, couler sur ta joue, et mourir sur tes lèvres ». Cette phrase que je lui avais écrite un jour… un jour…. Soudain, une musique connue me renvoie à la réalité : j’entends « Bad News » à la radio, sa chanson préférée... Je ne sais pas si je rêve ou pas, mais il faut que je le fasse. C’est le moment.
Là, maintenant, il faut que je le fasse. Je suis ici pour çà, alors il le faut.
Maintenant.
Et tout a été très vite. Je n’ai même pas eu mal lorsque le couteau à tranché les veines de mes poignets. Je n’ai presque rien senti. J’aurais même pu penser avoir raté mon affaire si je n’avais vu l’instrument de la délivrance au fond d’une eau qui prenait cette teinte chaude et pourtant synonyme de mon froid à moi. L’eau a rougi de plus en plus, et mon dernier geste a été de prendre son parfum et de le sentir à pleins poumons, comme un baume infiniment rassurant.
Je ne sais pas depuis combien de temps je baigne dans cette eau trouble qui sent l’urine froide. Quelques secondes ? Quelques minutes ? Pourquoi est-ce si long ? Et comment c’est, après ? Mes yeux s’embrument. Comme si une vapeur froide et blanche se mettait devant mon visage. Je tourne la tête et j'arrive à distinguer le poster… Oui, je le vois... Même si je ne le vois pas aussi distinctement que tout à l’heure, je le ressens.
Et puis il est tellement gravé dans mon cœur que, même aveugle, je l’aurais vu.
Cette photo... nos deux visages : elle de face, moi légèrement de profil.... j'arrive à "sentir" nos silhouettes complices... Et ce parfum, cette radio douce…. Je suis bien. Il me semble qu’elle est là, à mes cotés. J’ai l’impression de voir une silhouette près de moi… un mirage…, mais une sensation de bien être.
« Mon coeur, mon Amour, c'est toi qui t'approches de la baignoire ? Fait attention, ne glisse pas sur le carrelage humide... Tends moi la main... comme çà, oui... Ta peau est douce... Je t'aime, ma vie, mon coeur... Viens m'embrasser une dernière fois... »
Je délire, je le sais, mais c’est bon… Quelques ultimes efforts pour me rappeler cette odeur de parfum… Je suis déjà dans le couloir de l’après.

J'ai de plus en plus de mal à sentir ma carcasse, mais il me semble que je ressens toujours sa peau. Sa peau douce, chaude, rassurante... Ma peau blanche et froide me joue sûrement des tours, mais c’est si bon. Je suis shooté, complètement ivre, en plein délire, incapable de bouger quoi que ce soit. Je ne sens plus rien. Alors, c’est quand que çà vient ? C’est encore long ?
Subitement, je me sens attiré vers le plafond. Je lève la tête, mais il me semble que c’est le plafond qui se rapproche.... Je décolle... Qu’est-ce qui se passe ? Et c’est quoi cette lumière tout autour de moi ? Je regarde au dessous et je me vois dans cette eau sale. Que c’est pitoyable, un pachyderme mou, désarticulé, informe dans cette eau rouge ! Et cette lumière, qui surgit subitement ! Qu’est-ce qu’elle est vive ! Elle est éblouissante ! Merveilleuse. Elle vient de la chambre. J’y vais et constate que le poster grossièrement agrandi de tout à l'heure, celui que j'avais punaisé sur l'un des murs de la chambre, celui-là même ... s’est métamorphosé en tableau de maître, Vinci ou Véronèze, Rembrandt ou David... Je n'ai pas, comme elle, une bonne culture dans ces arts, mais j'associe volontiers cette perfection à ces noms-là : je suis devant une oeuvre digne des plus grands tableaux de maître. La précision est magnifique, tout dans le détail… presque du relief… Et il revêt maintenant un encadrement en or. Un encadrement rustique, immense, de toute beauté, magnifique, ciselé à la main par un artiste de génie…. Et c’est de ce tableau que vient la lumière. C’est splendide. Même au Louvre, il n’en n’ont pas des comme çà… La précision du regard, c’est inimaginable.
Complètement fasciné par cette peinture, je ne suis même pas surpris de voir que je ne figure plus dessus : maintenant, elle y est seule. Et, tout doucement, elle se met à bouger. Son sourire se fait encore plus tendre, son regard plus appuyé. Elle me tend la main, m’invitant à « entrer » dans ce tableau de maître. Comment refuser une telle invitation ?
J’y plonge comme dans une piscine lumineuse, et je me retrouve dehors, en l’air, dans la rue, près du Lac. Bien sûr... c’est là qu’elle habite, près du Lac… je reconnais l’entrée de son bâtiment, seuil que je n’ai pourtant jamais franchi… et j’y entre enfin, comme un souffle. Voilà où me portait son invitation… chez elle, tout simplement. L’air de ne pas tout comprendre à ce qui m’arrive, je me trouve flottant dans l’air, dans sa chambre. Je suis enfin là, près d’elle. Je la vois en léger contrebas. Elle dort, toujours aussi belle. Elle est seule. J’arrive à ressentir son parfum, celui dont je m’étais enivré dans ma vie antérieure. J’essaie de tendre ma main mais je viens de réaliser que mon corps n’est plus qu’un souvenir. J’ai envie de descendre vers elle, mais je ne peux pas. J’ai envie de la caresser encore une fois, mais je ne peux pas la toucher.

Alors dans ce silence que sa seule présence illumine, je souffle vers elle un baiser. Soudain mille petites étoiles s’envolent et tombent doucement sur elle. Elle bouge. Je ne voulais pas la réveiller… mais elle a senti quelque chose, puisqu’elle ouvre les yeux. Elle semble étonnée de ce réveil, ne comprenant pas pourquoi son sommeil s’est brusquement brisé. Pas un bruit dans cette chambre chaude de sa présence. Pas un bruit, à part peut-être le froissement du drap doux qui enveloppe son corps entièrement nu. Ce drap dans lequel j'aurais tant aimé me blottir, comme dans un suaire tiède... Les étoiles se sont évanouies, sauf une, qui s’est matérialisée, et qui est tombée près de son oreiller. Bien que minuscule, elle l’a vue. Elle la prend ; puis, d’un air étonné, la regarde, lève les yeux vers le plafond, vers moi, mais sans me voir. Mais non, elle ne peux pas me voir. Je n’existe plus pour les terriens. Pourtant, elle sent quelque chose. Comme une appréhension. Elle s'immobilise, les yeux dans ma direction... : je suis heureux... Puis je la vois qui pose délicatement cette étoile sur sa table de nuit, se rallonge, et se rendort, remettant vraisemblablement au lendemain l'explication de ce mystère stellaire. Cela m’a permis de la revoir une dernière fois, d’admirer son corps si parfait, sa peau si douce, sa bouche désirable et si tendre, sa générosité si exceptionnelle.
Il est temps pour moi de partir d'ici et de la laisser à ses rêves, en priant qu’elle ait une vie de joies, de bonheur, entourée de passion, d’amour et de nombreux enfants d’amour.
L’appel du large devient le plus fort. En un instant, je me retrouve sur un rocher de sa Normandie natale. Près du Grouin du sud.
C’est ici que je veux rester pour l’éternité ; parce que je sais que c’est là qu’elle vient se retrouver avec elle-même quand elle en a besoin. Alors, je me sublime, me mélangeant à l’air de la mer qui tournoie dans ce lieu mythique, dans cette baie qui deviendra mon havre de paix. Elle m’a montré les anges ; maintenant, c’est à moi de prier pour tout le bonheur que je lui souhaite… tout ce bonheur que je n’ai pas su lui offrir. Maintenant je serai, au-delà du temps, cet ange gardien qui veillera sur elle.
Et puis un jour, dans des temps très lointains, elle aussi décollera de cette terre, perdra son habit de peau d’arrière-grand-mère comblée qu’elle sera devenue… et je la retrouverai. Elle viendra sûrement par ici, près de l'un de ces rochers, sur l'une de ces plages. Et moi je serai là, et je sentirai sa présence. Peut-être alors, si la magie de l’amour nous redonne un semblant de corps pour quelques instants, alors je la ré-admirerai et je prendrai sa main dans la mienne, tout simplement...
... Et là je verrai au fond de ses yeux aux couleurs de l’espérance, gorgés de tendresse, une immensité de paix aux couleurs des émeraudes qui donnent tout leur charme à la Manche.

08:03 Publié dans ♣ Elle... avec deux ailes [2] | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, amour, tragédie, passion, extrème, femme, homme




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Commentaires
Il faudrait pourtant que je fasse ce petit séjour... la bas et ailleurs.
Le printemps arrive...
Ecrit par : Titia | mercredi, mars 18, 2009
Si ce n'est pas indiscret, d'où en est venu l'inspiration ?
Ecrit par : Oyà la Guêpe | mercredi, mars 18, 2009
malheureusement je crois que personne ne sait ... et j'ai le doute que cela se passe réellement ainsi !! ...mais personne ne sait !! que dire de plus ?
jolie note qui mérite réflexion sur le sujet, au combien délicat, au combien si fréquent !
bises à toi Ibid
Ecrit par : angèle | mercredi, mars 18, 2009
Ecrit par : Succuba | mercredi, mars 18, 2009
Mais j'ai décroché à l'évocation du tranchage de poignet ! m'enfin !!!! (je ne peux pas supporter ne serait ce que l'idée de cette scène)
donc je reste sur ma f(a)in.....
Bisous à toi
Ecrit par : Vallis | jeudi, mars 19, 2009
Amour est un mot tellemnt "plat" quand on ressent des sentiments si forts...très très beau moment de lecture. Merci
Ecrit par : Miss Anis | jeudi, mars 19, 2009
Décidément, personne n'est jamais tout blanc ni tout noir! Tout en nuances en ce qui vous concerne!!
Ecrit par : Miss Anis | jeudi, mars 19, 2009
Amitiés à toi.
Ecrit par : Valmont | vendredi, mars 20, 2009
Ecrit par : BIDILOVE | vendredi, mars 20, 2009
Ecrit par : waid | samedi, mars 21, 2009
Baisers
Armandie
Ecrit par : armandie | samedi, mars 21, 2009
Beau texte.
Ecrit par : Bougrenette | samedi, mars 21, 2009
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