vendredi, novembre 28, 2008

Miroir de soie

Nous ne sommes nés pas du même ventre, mais nous avons marché sur les mêmes sentiers.

 

Le tien, le mien, étaient émaillés de vieilles caillasses, de pierres coupantes difficiles à enjamber et sur lesquels nous avons trébuché bien souvent. Notre enfance, si peu idyllique, a ainsi été soumise à ces vents froids que nous ne méritions pas, à ces mêmes odeurs des sales alcools qui nous ont tant fait de mal. Ces odeurs qui sentaient la tôle froissée pour moi, et les mains trop lestes pour toi… mais il en va ainsi de la vie, qui, au détour d’un chemin, nous refusant tout répit, nous oblige à nous courber, à nous agenouiller pour franchir les obstacles, à nous dépêcher pour éviter les flammes qui sortent du sol, nous interdisant ainsi de nous reposer pour pouvoir jouir des moments de l’insouciance que les autres ont eus. Nos chemins ne s’étaient pas encore croisés, mais ils étaient construits par le même architecte, cynique, impitoyable, qui les avait truffés de chausse-trappes, de pièges en tout genre et sur lesquels nous avons failli nous empaler maintes fois. Et c’est ainsi, les genoux écaillés, les blessures s’enchaînant sur les croûtes à peine cicatrisés, le cœur gros, que nous avons tenté d’évoluer, fragiles, sans jamais pouvoir vraiment grandir, le long de nos routes qui s’effondraient en poussière juste après notre passage, nous obligeant ainsi à avancer sans nous poser de questions. Nous obligeant à avancer vers d’autres heurts, d’autres pavés instabilisés, dangereux, à travers les glaces brisées éparpillées au milieu des cours des écoles… jusqu’à nous trouver devant ce pont censé nous amener à l’âge de raison.

 

chemin.jpg 

Et c’est dans cet état d’émotion extrême que nous avons pris la route vers l’âge adulte, sur une petite passerelle de papier, soumise à tous les vents. Petit à petit, à tous petits pas, le cœur gros, nous avons toi et moi tenté de la franchir, nous demandant à tout moment si elle allait tenir le choc. Mais la traversée a été rapide. Très rapide. Trop rapide. En un instant, nous nous sommes retrouvés de l’autre coté, les plaies encore saillantes, devant les forêts de l’inconnu, peuplées de féroces ennemis que nous n’étions pas préparés à croiser. Trop fragiles pour nous prendre en charge, trop sensibles pour accepter nos destinées, nous avons essayé de rechercher ici ce que nous n’avions pas trouvé là-bas…. En vain, nous nous sommes laissés menés par des guides traditionalistes, qui, usant de notre fragilité, nous ont mis sur des rails tous faits, nous privant de toute notre liberté….

 

La vie avance, et rien ne sert de regarder en arrière… C’est trop tard… Il faut avancer. Coûte que coûte. Aller droit devant.

 

Et c’est sur cette charrette instable qui glisse trop vite sur la voie du temps que nous nous sommes rencontrés, par un matin de mai. C’est là qu’alors nous nous sommes arrêtés quelques heures dans cette gare commune, pour faire connaissance. Enfin. Pour nous regarder, hébétés, apeurés. Et nous comprendre du premier regard. Du premier mot. Comme si à travers un miroir de soie, je voyais une autre photo de moi. Pas du même sexe, pas tout à fait du même âge. Mais partageant la même sensibilité et la même émotion qui coule dans nos veines.

 

Le long de nos vies distantes, nous avançons, toi et moi... Mais dès que la visibilité s'éclaircit, dès que nos chemins sont à vue l'un de l'autre, nous nous regardons, pour nous rassurer d'un clin d'oeil complice. Tu te souviens, un jour je m'étais fait piéger... croyant que mon destin atteignait une dalle ferme, décorée avec des pétales de roses, j'avais posé le pied dessus.... Et je n'avais pu retenir ma chute... Sous les pétales, le vide, l'absence, rien... Sous ce vernis creux, je m'étais senti perdu, ayant tant de mal à remonter pour atteindre le sol ferme... Et oui, c'est là que tu m'as vu.... C'est là que, sautant les jardinets qui séparaient nos sentiers, tu es venue me tendre la main... pour me récupérer in extremis....

 

bougie.jpgNous continuerons à marcher ainsi sur des sentiers semblables, que nous essaierons d'embellir du mieux que nous le pourrons. A force d'efforts. A force de volonté. A force de ces postiches que nous savons habillement plaquer sur nos lèvres pour les faire sourire... pour masquer, avec pudeur, la nostalgie. La mélancolie. L'ombre de la tristesse. La solitude.

 

C'est vrai, nous ne sommes pas nés du même ventre... et pourtant ! Tu vois, malgré le temps, malgré la distance, je n'ai pas oublié... Je n'ai pas oublié que c'est un jour qui ressemble à celui-ci que tu as poussé ton tout premier cri.... Comment l'oublier ? Aujourd’hui, c'est vrai que je suis loin de toi, mais sache aussi que je suis tout prêt. Juste là, tout prêt de toi. Parce que ta présence me manque énormément. Injustement. Aussi, lorsque tu souffleras tes bougies, ce soir, entourée des tiens, rappelle-toi qu’à ce moment précis, je m’approcherai de toi et je te ferai ce petit baiser que j’ai tant envie de te faire, dans ton cou. Tu ne me verras peut-être pas, mais peut-être sentiras-tu les effluves de mon parfum, ce Fuel de Diesel que je porte depuis longtemps maintenant, au moins depuis ce jour où tu m’as dit que tu en aimais la fragrance...
 

Regarde la vie. Elle est devant toi... Au-delà des prés qui séparent nos routes, je continuerai à tourner les yeux vers toi. Mais au prochain carrefour, j'espère qu'ensemble nous pourrons nous retrouver un instant. Juste un instant, pour boire cette coupe de champagne que j'ai tant envie de t'offrir, pour l'événement du jour, et aussi tout simplement pour te remercier d'être là... Un champagne pétillant comme tes yeux, et doux comme ton sourire...

En attendant... heureux anniversaire, petit Ange. 

Trackbacks

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Commentaires

Très joli post , comme souvent !! Belle déclaration pour souhaiter un anniversaire !! Bonne fin de semaine voisin !!! Bises !!

Ecrit par : manue | vendredi, novembre 28, 2008

Très joliment écrit, très belle déclaration d'amitié,et joyeux anniversaire à la demoiselle ou dame!! bizzz ibid

Ecrit par : zygaena | vendredi, novembre 28, 2008

Mille merci pti lou !!
c'est magnifique, vrai, toi, moi, nos vies respectives, et je sens aussi le doux parfum de l'Espoir : celui de VIVRE !

encore merci, ça me touche bp

SK

Ecrit par : sev | vendredi, novembre 28, 2008

J'ai pas de mots....ton texte est vraiment tres tres touchant, bravo et merci

Ecrit par : hikukosan | vendredi, novembre 28, 2008

Un très joli hommage...
Je crois que la destinataire a beaucoup apprécié.

Ecrit par : emanu124 | vendredi, novembre 28, 2008

c est magnifique.
je ne rajoute rien (pour pas gacher)

Ecrit par : Lénia | dimanche, novembre 30, 2008

tit passage
si, si

Ecrit par : neige | dimanche, novembre 30, 2008

Me revoilà ;)

Ecrit par : Metig | lundi, décembre 01, 2008

Oh! C'est beau! Terriblement beau.
Heu... Sinon mon anniversaire c'est le... heu, c'est au mois d'août.
Ouais comme ça vous me le souhaiterai tous les jours de ce mois... jusqu'au jour où ça sera le bon. Mouais je suis une gourmande! Je raffole de ses jolis mots.

Bises.

Ecrit par : Vellini | dimanche, décembre 28, 2008

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