mercredi, octobre 15, 2008

Car

Généralement, les départs sont les moments les moins agréables à vivre.

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Généralement, après avoir passé une journée exceptionnelle, le trajet qui ramène à la gare en fin d’après-midi sonne comme l’explosion d’une bulle d’oxygène dans laquelle on aurait baigné quelques heures décidément bien trop petites… un éclatement qui a la froideur du chant triste du glas des églises.

 

E04.jpgMais là, curieusement, ce n’est pas ce qui s’est passé. Non pas que la journée fût terne. Oh non… je te l’ai dit mille fois, c’était magnifique. Magique. Je me suis senti léger à tes cotés. Je me suis senti beau. Grand, fort. Fier de me promener avec toi, la main dans la main, dans ce petit village. Heureux de t’écouter me montrer comment tu vis, là où tu vas au cinéma, là où tu aimes flâner, là où tu travailles…. Toutes ces mille-et-une petites choses qui prennent par ta présence la teinte calme et belle de ton sourire. Ces petites choses qu’en d’autres compagnies j’aurais trouvées bien banales, et qui ont revêtu avec toi la plus belles des parures : celle d’une soie qui ressemble à la douceur de ton regard.

 

Et c’est donc après ce voyage dans cet au-delà-du-réel somptueusement décoré qu’il a fallu penser à rentrer… D’abord regarder l’heure… Jeter un œil discret à la montre… Puis un peu moins discret… Puis commencer à décompter…. « Là, il faut y aller…. Oui, il faut que je te ramène à la gare, maintenant…. ».

Alors on a repris le chemin dans l’autre sens. Alors on a regagné ta voiture. Sans trop se presser, mais le TGV pour Paris n'attend pas... Et la gare n'est pas juste à coté...

Tu as dévérouillé la porte de ton véhicule, et nous avons souri en retrouvant tout le fouillis à l'intérieur ! En revoyant l'encombrante malle destinée à la brocante du dimanche suivant, et qui encombrait le fauteuil du passager avant. Alors il a fallu, comme à l'aller, que je m'installe à l’arrière... Oui, nous avons souri, mais d'un humour étrange, puisque c'est en pénétrant dans ta voiture que j’ai vraiment commencé à ressentir ces petits piquants désagréables du cafard naissant. Du spleen. De la nostalgie. De la mélancolie. Du froid qui arrive. Du bout des doigts qui devient blanc.

 

De la solitude.

 

Puis tu as démarré. J’étais au centre de la banquette arrière, très légèrement sur la droite de celle-ci et j’avais posé mon visage sur le haut du fauteuil-passager. Ainsi, par la trouée entre les deux fauteuils de devant, je pouvais te voir vraiment bien. Je pouvais admirer ton visage de coté, te regarder sans que tu me voies te regarder. Et j’ai aimé çà : faire le voyeur. T’épier alors que toi, concentrée sur le volant, tu regardais avec attention la route et les autres véhicules. Oui, je l’avoue, je t’ai vraiment matée, là. J’ai pu regarder ta poitrine de profil. Discrète, oui… mais toute en féminité et en sensualité… Et puis j’ai pu imaginer…. J’ai regardé tes jambes, bougeant en cadence, faisant jongler les pédales…. Tes mains sur le levier de vitesse... Tes doigts fins, que j’aurais aimé poser sur mon visage, et passer l’un après l’autre sur mes lèvres… Et puis tout en te matant, le visage posé vers l’avant, je t’ai écoutée.

 

E06.jpgJ’étais bien. Surtout que, comme tu ne me regardais pas, tu as pu librement me parler. Et peut-être que c’est justement parce que tu ne me regardais pas que tu as pu te lâcher sans tabous, et me parler encore plus librement de tes envies, de tes pulsions érotiques, sexuelles…. De tes fantasmes.

 

Et j’ai aimé t’écouter me parler de sexe. Oui, j’ai adoré. Dès les premiers instants, j’ai senti mon membre se durcir encore. Lui qui, durant toute la journée, coincé dans mon pantalon, avait rayonné de dureté que je sois à tes cotés... là, tu vois, il n’était toujours pas décidé à vouloir se reposer. Comme s’il était allé trouver des ressources de motivation supplémentaire dans ta voix, dans le chant de ton voyage érotique entre fantasmes et envies interdites… ainsi il en est devenu encore plus insupportablement dur. Par réflexe, j’ai mis ma main dessus et j’ai senti mon jean' complètement déformé : il fallait que je fasse quelque chose. Comme tu ne me regardais pas, j’ai fait mine de tousser, de bouger, pour mieux dégrafer ma ceinture, déboutonner mon pantalon et le baisser. Le plus discrètement possible. J’ai aimé le risque je prenais vis à vis de toi…. Qu’aurais-tu dit si tu m’avais vu faire çà ?

  

Mon boxer était presque déchiré par cette arme sans pitié, par cette épée de mousquetaire qui ne demandait qu’à sortir de sa protection…. Alors il m’a été rapide de le baisser également…. Et de saisir ainsi dans ma main ce sexe que tu avais mis dans cet état si scandaleusement agréable…. Enfin libéré de ces étoffes superflues, il trônait dans ma main, prêt à livrer la plus belle des batailles. Celle du plaisir. Et toi tu me parlais toujours. D’érotisme. De tendresse. De l’amour lesbien. De l’amour à plusieurs. Ta voix douce me berçait de sensations et de désir. Tu as osé me parler sans tabous, et j’ai aimé cette exhibition de mots. J’étais ailleurs, envoûté tel Ulysse parmi les sirènes. Et plus tu parlais, plus tu te libérais. Je voyais ton oreille devenir plus rouge.

 

E05.jpgJ’imaginais tes lèvres carmin devenir sèches et humides en même temps…. J’imaginais en toi une transpiration intime, synonyme de désir… Alors tout doucement, à seulement quelques centimètres de toi, moi j’ai commencé à me caresser. Doucement. Tout doucement… en essayant de rester discret... Cette "clandestinité du plaisir" m'excitait. Je me suis senti devenu chaud. Brûlant. Comme un tas de braises. Mon visage appuyé sur le fauteuil du passager avant, ma main montait et descendait la peau de mon sexe décalotté pour l’occasion. Je faisais glisser mon prépuce sur le dossier du fauteuil contre lequel j’étais calé, comme pour qu’il s’imprègne de ta présence. De ton odeur.

 

Il m’a semblé que je décollais. Que tu me faisais faire un voyage initiatique dans l’interdit. Dans l’innommable. Dans le plaisir intolérable… et si bon…

 

Dans mon délire, j’ai imaginé que tu avais repéré mon manège. Que tu avais repéré ce voleur de plaisir par une caméra de surveillance que je n’avais pas vue… Que tu t’arrêtais sur le bord de la route. Que tu venais sur la banquette arrière, à mes cotés, en rampant comme une panthère affamée avançant dans la savane humide… Que tu saisissais mon sexe et que tu le gobais avec soif et avidité. Sans limite. Comme si tu le dévorais après des siècles d’abstinence.

 

Et c’est un coup de frein brusque qui m’a remis sur le chemin de la réalité. Au moment où, d’un façon un peu inattendue, tu as bifurqué sur la droite, vers la campagne. Quelques minutes après, tu t’es garée le long d’un chemin désert. Je ne savais pas ce qui allait se passer. Où plutôt, si, je l’espérais, et je le redoutais en même temps….

 

Tu as coupé le contact. Je suis resté deux secondes hagard, scotché devant les événements qui prenaient une tournure qui m’effrayait davantage qu’elle ne m’excitait. Un instant, j’aurais voulu ne rien avoir fait… Honte de l’instant, vulnérabilité. Impression d'avoir gâché quelque chose de précieux. D'avoir sali un tableau de maître. Solitude avec toi, en pleine campagne.... Puis tu es sortie. Tu t’es dirigée vers la porte de derrière… La fermeture sourde de ta portière s’est mise à résonner dans ma tête. Pendant un instant, seul dans ta voiture, je n’ai plus rien entendu, pas même les oiseaux qui flirtaient à coté. Cela a duré trois secondes ou trois heures, je ne sais même plus : j’avais perdu la notion du temps. Mais ce dont j’étais certain, c’est que cette fois-ci, ce qui m’arrivait était bien réel… Alors tu m’avais réellement vu ? Oui, bien sûr, j’avais oublié le rétroviseur… le rétroviseur dans lequel tu jetais avec discrétion quelques regards ponctuels mais suffisants pour que tu prennes conscience de mon état… Un petit morceau de miroir traître dans lequel s’était reflétée la tête d’un homme avide de plaisir.

 

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Qu’allais-tu faire ? Je sentais mon cœur battre comme un fou, le sang marteler mes tempes d’inquiétude et de honte…

L’air idiot, mon sexe dans la main, j’ai regardé la porte arrière s’ouvrir…. J’ai senti l’air extérieur envahir la banquette, et je t’ai vue rentrer. Fermer la porte et te mettre à coté de moi. Mais je n’ai pas vu de panthère. Je n’ai pas vu de félin. Ou alors peut-être une petite chatte au regard tendre et doux qui est venue, le sourire fragile, se blottir contre moi. Oui tu t’es simplement assise tout contre moi, et nous nous sommes enlacés. Tout tendrement. Les bras dans les bras. Sans un mot, sans un geste. Seuls quelques oiseaux curieux qui tournaient autour de la voiture ont pu nous apercevoir. Plongeant ma tête dans ton cou, je t’ai fait une pluie de petits baisers. Un festival de confetti de baisers que tu as su me rendre.

 

Le silence. Le calme. La douceur.

Le silence de la mer en pleine campagne, le calme d’un clair de lune en plein jour, la douceur de la soie de ta peau.

Le temps s’est figé à cet instant. Comme s’il se mettait en apnée pour étirer ses secondes et stopper un moment le défilement tournoyant des aiguilles des horloges.

 

Puis, infiniment discrètement, sans même que je m’en aperçoive, avec une douceur incroyable, ta main est venue s’arrimer à mon sexe, comme un bateau en quête d’un port d’attache. La sensation-surprise de ta main sur ma peau a déclenché un courant électrique délicieux qui a parcouru tout mon corps, de la tête au pieds. Et des pieds à la tête... en passant par mon ventre... Un courant qui a foudroyé ma respiration. Qui a rougi toutes les parties de mon être. Sans un mot, ma tête toujours dans ton cou, ta tête toujours dans le mien, doucement, tu m’as caressé de ta main fraîche et douce. Nos respirations sont devenues de plus en plus soutenues, et mes dents ont commencé à mordiller érotiquement la peau de ton cou…

 

Je ne sais plus où j’étais. Peut-être dans un sauna. Peut-être dans une forêt. Peut-être au milieu d’une chaîne volcanique, seul, dans l’immensité des montages… comme une poussière parmi les géantes qui touchaient les nuages. Et je communiais avec toi. Scandaleusement.

Le mouvement de ta main se faisait de plus en plus énergique. A l’image de nos respirations. Ma main a abandonné ton dos que je serrais depuis le début, pour s’engager sur le relief de ta poitrine. Puis juste plus bas. Au niveau de ton ventre…

Puis tu m’as murmuré à l’oreille :  « J’ai envie de t’entendre jouir… »….. Alors je me suis laissé aller. Comme un condamné à mort qui sent ses dernières secondes arriver, j’ai senti mon corps en transe exploser dans un râle libéré, bruyant… un râle auquel tu as rendu écho en gémissant de ta bouche…. En même temps... Gémissement du plaisir communiqué…. Et de nos bouches qui se sont collées, fondant l’une vers l’autre. Immobiles l’une dans l’autre. Collées l’une sur l’autre. Scotchées l’une contre l’autre dans la moiteur de l’habitacle, comme un point d’orgue où tous les pianos et les cordes des violons se lâchent à l’unisson….

 

Ces lèvres qui, en se séparant, ont laissé à mes yeux humides d’émotion l'image de ton sourire d'ange, et le reflet de tes yeux d'océan.

 

   

Trackbacks

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Commentaires

Superbe moment, j'aime l'ambiance et la chaleur qui s'en dégage, la tendresse aussi.

Ecrit par : Bougrenette | mercredi, octobre 15, 2008

Très joliment et sensuellement raconté!, juste ce qu'il faut pour ne pas heurter mes oreilles chastes....

Ecrit par : zygaena | mercredi, octobre 15, 2008

trés beau , sensuel , érotique et puis avec tant de tendresse et de délicatesse ...
beaucoup de force aussi , et de poésie ...
j'en suis toute "chose" ... je me demande si je ne vais pas me laisser aller à ce doux plaisir et désir que cela déclenche en moi ...
merci pour ce moment intime et dense , c'est une littérature que j'affectionne particuliérement ...
à bientôt
helena

Ecrit par : helenablue | mercredi, octobre 15, 2008

j'aime aussi le choix musical ...
la montée du plaisir ...
décoller !

Ecrit par : helenablue | mercredi, octobre 15, 2008

Magnifique texte ... qui donne des frissons, qui fait aussi monter la température ... chapeau bas Monsieur

Ecrit par : quine | mercredi, octobre 15, 2008

je ne sais plus là... j'ai lu : c'était très touchant.
Puis j'ai entendu ce morceau "la cité des Anges"........ elle est en moi et elle me troubleras toujours......
S K

Ecrit par : sev | mercredi, octobre 15, 2008

Ah ben walla, le médecin avait dit "pas d'émotions"...
Franchement, tu veux que je rechutes ou quoi ?
:D

Ecrit par : emanu124 | mercredi, octobre 15, 2008

rhoooo c'est sexy, va falloir se calmer monsieur!!!

Ecrit par : corienga | jeudi, octobre 16, 2008

Tout d'abord Alanis est réellement une de mes chanteuses favorite! il ne se passe pas une journée sans que je l'écoute. et si tu passes un jour sur mon blog et bien , tu verras qu'elle est immanquable, puisque ma " bannière" est un texte à elle, une catégorie est le titre d'une de ses chansons...
ensuite, je voulais te dire que c'est pas facile d'écrire ce genre de texte et tu t'en sors très bien
et enfin, je voulais te dire, un truc que j'ai appris en russie, voilà, les russes préfèrent dire que les départs ne sont pas tristes car, ils sont synonimes de retrouvailles et que les retrouvailles sont un moment de bonheur intense.
bisous

Ecrit par : aurélie | jeudi, octobre 16, 2008

c'est toujours enivrant la campagne...c'est fou ce que ça peut provoquer ;-p

Ecrit par : unegrossefeignassedefee | jeudi, octobre 16, 2008

Sur le retour , un voyage hors du temps !!! Mais dis moi , tu n'as pas été obligé de courir après ton train ? ; )

Ecrit par : manue | jeudi, octobre 16, 2008

Waouuuu!
Ma retenue naturelle ne s'étendra pas sur l'effet de cette lecture...

Ecrit par : Lautre | jeudi, octobre 16, 2008

J'adore cette note.
C'est la première que j'ai lu de toi et celle pour qui je garde un souvenir émue...

Ecrit par : Pompompom | jeudi, novembre 13, 2008

Et donc, tu as raté ton train...

Ecrit par : Jenny | dimanche, novembre 16, 2008

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