« Marre de la hausse de l'essence | Page d'accueil | Bonnet... né. ;-) »
mercredi, juillet 16, 2008
Je retournerai là-haut
Oui, je retournerai là-haut.
Je ne sais pas encore quand, je ne sais pas encore comment, mais j’irai. J’essaierai le train. Ou alors l’avion. Pourquoi pas même le stop, le pouce levé sur le bord de la route…
Sur le chemin que j'emprunterai, j’arracherai de rage les toiles d’araignées naissantes, et fracasserai de mon piolet les congères en formation.
Même si je dois y arriver comme les fanatiques de Fatima, qui terminent leurs pèlerinages sur les genoux, je n’hésiterai pas à me casser les rotules. A m’arracher les peaux. Juste pour te revoir.
Un fois sur place du village, même en lambeaux, j’irai saluer le gardien, robuste gaillard coiffé de son heaume d'acier : je le reconnaîtrai sans problèmes, puisqu’il garde nuit et jour l’entrée sans sourciller… Sans bouger. Fidèle à son poste, sur la même portion de trottoir. Seul, je rentrerai dans le restaurant qu'il est sensé surveiller, et je m’installerai en haut des trois marches. Dans cette antre vidée de toute âme, je m’assoirai à notre table. Dans l'atmosphère grise, terne, vide de ces lieux, je commencerai à te parler, à t’expliquer ce qui s’est passé depuis. Je te raconterai mes douleurs, mettrai des mots sur les piquants qui m’assaillent en plein sommeil et qui brisent mon repos de leurs lances aiguisées et perverses. Grâce à toi, je pourrai enlever les échardes qui poussent sur mes doigts et à l’intérieur de mes paumes.
Je te parlerai. A force de te parler, je suis sûr que ta silhouette se dessinera en face de moi. Tout doucement. Comme si un magicien caché derrière un pilier, armé de seulement de quelques bulles de savon, arrivait à te recréer devant moi. Alors tu apparaîtras, telle une image presque transparente, devant moi, dans un halo de lumière orangée. Je reconnaîtrai le sourire sur ton doux visage, celui de la sœur qui m’a déjà sorti du cercueil une fois, dans un passé pas si lointain. Je te parlerai, et te reparlerai encore. Te raconterai les tiraillements qui sabotent mes jours, les transformant en nuits permanentes. Je sais que tu m’écouteras.
Et si entre mes larmes l'envie me prennait de tendre une main vers toi, juste pour te caresser ta joue d'un timide revers de mes doigts, alors il est possible que tout disparaisse, que la bulle de savon explose par la simple rugosité de ma peau, laissant ainsi jaillir des milliers de gouttelettes infimes vers le plafond, juste avant qu’elles ne retombent sur le sol. Je profiterai de ce moment pour me lever, et sortir en traversant le rideau de brume que tu auras créé. Le dos voûté.
Dehors, il pleuvra peut-être. Il pleuvra sans doutes. D’une petite bruine fine qui aura le goût et la texture agréables des gouttelettes de l’instant d’avant. Et puis j’irai sur le parking. J’irai sur le parking pour essayer de retrouver ta grande voiture sombre. Au milieu du crachin, je chercherai parmi les numéros des plaques celui qui caractérise la tienne. Je la reverrai certainement, garée à la même place. Son 1, son 8 et son 4 brillants comme des lumières de paix et de sérénité. A l'intérieur, toi au volant, et un autre moi-même à tes cotés, te serrant doucement la main pour te réconforter.

Alors, me tenant à distance de ce tableau pour ne pas interférer dans les raccourcis du temps et de l’espace, je sourirai d’une grimace mouillée de larmes. Des larmes d'infini. De ces larmes qui me rappelleront qu’il ne me reste plus qu’à faire demi-tour, à laisser ces parfums de fleurs et de fruits voguer dans l'atmosphère de ces lieux. Et, armé de mes seuls souvenirs, rentrer.
Seul.
LOVE SONG - SARA BAREILLES
06:50 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [2] | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : femme, chanson, société, beauté, féminin, ecriture, litterature


Commentaires
Quelle magie de transformer un vécu, un souvenir, un rêve... mots à mots les phrases deviennent de magnifiques voiliers que l'on admire devant un splendide couché de soleil doucement.. sans bruit, seul celui des vagues clapotants... jusqu'à ce qu'il disparaisse... La terre est ronde : il ne peut que revenir ! je l'attendrai ;)
S K
Ecrit par : sev | mercredi, juillet 16, 2008
Texte sublime... Merveilleusement écrit
Ecrit par : Lysiris | mercredi, juillet 16, 2008
Toujours beaucoup de sensibilité dans tes écrits ... Mais parfois avant le revenir la vie fait son oeuvre et on ne trouve plus le même rêve initial ... Bon ok , je casse un peu la magie mais il est vrai que de vécu en vécu les rêves ne sont plus les mêmes ... La réalité est assassine !! Parfois ....
Je ne rêve plus ....( Oui c'est bien dommage !!! )
Ecrit par : manue | mercredi, juillet 16, 2008
oh beh tu l'aimes encore la petite dame!
Ecrit par : zygaena | mercredi, juillet 16, 2008
...belle écriture... qui semble couler naturellement..otes moi d'un doute...tu travaillles ton texte non ?? ...Très nostalgique quand-même( le texte)...je suis une optimiste inoxydable...mais c'est beau...
Ecrit par : gwendoline | jeudi, juillet 17, 2008
Euh... je suis assez "premier jet" en fait. Pour tout te dire, le texte mature longuement dans ma tête. Puis après je jette tout çà sur le papier ... non, sur le clavier. Et çà va très vite.
Je le retouche après, évidemment, mais pas trop en fait. Ce texte-ci, entre le premier mot tapé sur word et le copier-coller sur le site, disons qu'il a dû se passer une heure (je ne compte pas la recherche des photos, des vidéos qui des fois prend un peu de temps...)
Ecrit par : Ibid Norio | jeudi, juillet 17, 2008
journée nue Part 1 est posté !
au passage, joli post ton post!
Ecrit par : unegrossefeignassedefee | vendredi, juillet 18, 2008
Ecrire un commentaire