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mardi, juin 24, 2008
Entre l'une et l'autre
Entre l’une à l’autre.
Aujourd’hui, exactement aujourd’hui, je suis à mi-parcours. Exactement entre l’une et l’autre. A mi-chemin. Tel un équilibriste qui a quitté il y a quatre mardis l’assurance du haut de son immeuble pour franchir l’espace qui le sépare du toit de l’autre : arrivée dans quatre semaines. Mais aujourd’hui, je me retrouve au milieu, au plus bas du câble, à l’endroit le plus périlleux, le plus instable, seul et sans filet. Seul au milieu des vents les plus dangereux, à cette place inconfortable où le moindre souffle un peu rude pourrait me surprendre et me faire chavirer. Je ne peux m’empêcher de regarder vers le bas, vers les toits des voitures qui brillent comme des petits démons qui m’appellent, faisant scintiller leurs chimères colorées dont je ne veux pas. Je survis à cette place inconfortable où mes points de départ et d’arrivée m'apparaissent avec horreur flous et lointains. J'ai peur. Je me sens si fragile... Une plume dans le monde des cieux, des dragons et des sorcières. Mais je ne tombe pas.
Alors j’avance…
Entre l’une et l’autre.
A vingt-huit jours de l’une, à vingt-huit nuits de l’autre. Un cycle de passé, un cycle à venir. Celui de la lune. Au centre de ces jours sans parfum, je compte et recompte sans cesse les étapes de la vie de l’astre de la nuit, quartier après quartier, entre l’une et l’autre. Je geins dans ce milieu qui se confond avec les feux de la Saint-Jean, les feux de la joie pour certains, ceux du désert pour moi. Ce feu qui n’arrive pas à me réchauffer, malgré les crépitements des paillettes et des pétards qui ne prennent pas. Ce feu qui brûle mais qui ne me rassure pas.
Et puis j’avance…
Entre l’une et l’autre.
J’ai quitté le camp de base, laissant ma tendre sœur et sa douceur, ses cheveux clairs et son regard de lumière, pour gravir seul, sans corde ni piolet une montagne inconnue dressée devant moi. Car il faut bien avancer. Toujours avancer. L’adret, l’ubac, peu importe le coté, le soleil ou l’ombre… C’est toujours la solitude qui me tient compagnie. Cette discrète compagne qui m’a mené là où je suis aujourd’hui, sur la cime, dans le froid glacial qui me ronge l'âme, au niveau du drapeau que des conquérants passés auraient fièrement planté en chantant leurs hymnes patriotiques, mais qui pour moi a toutes les couleurs du vide.
Il faut que j’avance…
Entre l’une et l’autre.
Et puis ce soir je vais commencer ma redescente, parcourir autant de nuits et autant de nuits qu’à la montée. Pour tenter de trouver mon camp d’arrivée, en évitant les jets des grenades et des gaz factices. Ce camp inconnu dont je vais essayer de déchiffrer les arcanes, les recoins…. Et puis inévitablement après, juste après, reprendre ma route vers une autre solitude. Entre l’une et l’autre. Puis entre l’autre et l’une. Comme le flux et le reflux de la vague, comme l’eau de cette mer qui emmena jadis les aventuriers au bout du monde, je quitterai bientôt l’autre et tenterai de revoir l’une… Comme cette vague qui met trop de temps à me mouiller les pieds, je voudrais que le métronome de la vie s’emballe… Que les profondeurs du pianoforte m’enivre de son tempo cadencé comme les chocs des roues de l’autorail de campagne sur les voies de métal, me menant clandestinement de l’une à l’autre et puis de l’autre à l’une…. Clandestinement, caché entre les roues. Sans ticket. Sale. Nu. Sans papiers. Sur un rythme de train, infini.
Je continue : j’avance...
Entre l’une et l’autre.
Et puis dans ce capharnaüm, fermer les yeux et rêver. Rêver que les mouvements des vagues divaguent et que, tout au contraire des plages calmes pour lesquelles elles s’éternisent en longs rouleaux, elles puissent ici s’enchaîner, se rapprocher et se toucher presque. Alors, peut-être que ce jour-là, je pourrai dans un même instant de grâce te frôler toi, et puis toi, dans une même communion, chacune d’une main tétanisée d’émotion. Vous rapprocher l'une de l'autre pour doucement, tout doucement, appuyer ma tête entre vos épaules et laisser jaillir mes larmes, le visage bien calé sous le toit de vos cheveux roux et sombres.
Confortablement installé, la tête dans contre vos joues et le cœur dans les étoiles. Exactement entre l’une et l’autre…
08:30 Publié dans ♣ Entre miel et soleil [2], ♣ Mi-ganesh mi-ganach | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : tendresse, amitié, femme, société, beauté, féminin, ecriture


Commentaires
magnifique ... je reste sans mots devant l'émotion qui jaillie de ce texte, c'est fort, très fort.
Ecrit par : Bougrenette | mardi, juin 24, 2008
Mais c'est qui ? (comprends pas)
Ecrit par : Amelie / Ces petits riens parisiens | mercredi, juin 25, 2008
Coucou, très occupée,
mais je repasse après demain !!!!
Ecrit par : Vanille | jeudi, juin 26, 2008
Peu de temps consacré à naviguer sur les blogs ces derniers temps... mais je reviens ! avec douceur ! comme celle que tu ressens entre l'une et l'autre.
L'une qui aimerait davantage offrir, non couvrir de symboliques cadeaux mais d'un drap d'étoiles qui brillerait de mille feux, à laisser aux yeux de ton entourage la luminosité du plus bel ora. L'autre, qui à quelques points près, n'est surement pas si différente de l'une... complètera l'une : nos forces réunies, il n'est plus improbable d'atteindre ce but !
Ton post est très émouvant, rien à modifier, merci !!
SK
Ecrit par : sev | mercredi, juillet 02, 2008
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