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samedi, juin 14, 2008

C'est jour de fête

Dimanche, c’est jour de fête. Et moi en ce dimanche je vais penser à lui, parce que justement ce jour me le rappelle encore plus fort à ma mémoire.

La journée commencera par une matinée colorée de l'émail éclatant de ces sourires émus. De ces moments vrais, émouvants, de ces instants où je me pincerai la langue pour ne pas verser ma petite larme devant le tableau magnifique de l’amour. Devant ces petites frimousses qui viendront, pleines d’émotion, devant moi, tôt le matin, en petits pyjamas à fleurs ou à grosses voitures. Parce que ce jour, j’aurai un peu plus encore que d’habitude la preuve de leur amour fort et fier, fort et indestructible. L’amour de mes enfants qui viendront me lire un poème, m’offrir leurs petits cadeaux fabriqués à l’école… ceux dont la préparation aura pris des jours et des jours durant lesquels ils auront été si agréablement déchirés entre l’envie d’en garder le secret et celle de me mettre dans la confidence… ces cadeaux construits avec leurs cœurs et qui trôneront, suivant les usages auxquels ils sont destinés, soit à la cuisine, soit dans la chambre, ou sur le bureau, mais en tout cas loin des tiroirs poussiéreux où ils ne méritent pas de finir. Car quoi qu’ils soient, ils étincelleront de toute ma fierté d’avoir reçu les plus beaux des présents, faits avec leurs petites mains d’anges, et accompagnés de petits dessins dont chaque approximation, chaque débordement du trait mettra encore plus d’authenticité dans la tendresse innocente qu'ils me portent…

Mais après le vent chaud, je sais aussi que c’est le vent froid du grand nord qui va souffler, celui qui ramène les relents de neige des hautes latitudes, ce vent qui mord les jambes, qui chatouille si désagréablement les cuisses et qui pince fort la peau du visage. Car après ce plein d’émotion, ce sera le moment du vide. Mon vide à moi de ne plus pouvoir en faire autant, en ce dimanche de mariage entre l’infiniment doux et l’infiniment dur. Ce jour que j’attends avec toute l’impatience d’un père comblé, le fils ne pourra le vivre qu’en souvenir d’un temps définitivement rangé dans la bibliothèque du passé. Et ce jour-là, mon cœur aura le pincement de ce coup de fil que je ne passe plus, de cette voix que je n’entends plus, de ce rire qui fait désormais partie de mes souvenirs.

Parce qu’avant d’être père, j’ai été fils.

Ce dimanche, je repenserai aux parfums calmes de mon enfance, aux murs qui résonnent encore du réconfort de sa présence, et qui se souviennent peut-être de sa préparation des crêpes à la béchamel ("avec plein de fromage s'il te plaît, c’est meilleur !"), et des moments de ma jeunesse où nous jouions, complices, au jeu des chiffres ou à celui des lettres... ces murs qui résonnent peut-être encore de ses calembours à deux balles (je me demande si çà serait pas héréditaire ?...)… Oui, ce dimanche je revivrai les mille et un moments de cette complicité d’avant, en oubliant les inévitables désaccords qu’un adolescent un peu rebelle peut avoir avec une autorité pourtant nécessaire, pour ne retenir, du coin de mon cœur meurtri et de mes yeux humides, que le regard d’amour et la tendresse irremplaçable du meilleur des pères.

Celui qui, couché sous la simple dalle de marbre grise, ne pourra jamais plus se relever pour me serrer dans ses bras.

 


Francis CABREL / Hors saison

Commentaires

C'est très touchant Ibid, la perte d'un papa ou d'une maman, même si la douleur en est moins vive au fil des années est un vide qui ne pourra jamais se combler...

Ecrit par : emanu124 | samedi, juin 14, 2008

c'est toute l'histoire de nos vies... de la vie qui continue... on se sépare de nos aïeuls, et nos enfants se sépareront de nous... telle est la loi de la vie...
ça n'empêche pas de penser à ceux qu'on a aimé!
bonne fête Papa!

Ecrit par : ema | dimanche, juin 15, 2008

Vous m'arrachez une petite larme.
Très bel hommage au père en tous les cas.
Si je peux me permettre, je crois que d'où il est votre père vous regarde, qu'il continue de vous aimer, de veiller sur vous ... et qu'il doit être fier de vous.
Tout cet amour qui vous vient de votre père, donnez-le à votre fils, c'est l'un des plus beaux moyen de rendre votre père fier de vous, de là-haut.
Quant à nous qui avons encore cette chance pour quelques temps, n'oublions pas de dire à notre père combien nous l'aimons, avant qu'il ne soit trop tard.

Ecrit par : Pauline L | lundi, juin 16, 2008

Curieuse de venir voir ton blog, aprés tes quelques commentaires.

Je ne suis pas déçue du voyage. Tu écris trés bien, particulièrement sur ce passage qui est trés émouvant.

Ecrire, ca m'aide en quelque sorte à vivre un peu mieux. En ce qui te concerne, tu t'en sors magnifiquement.
Garde précieusement ces souvenirs là, tu as l'air d'avoir eu un trés bon père.

Au plaisir de se recroiser.

Bises

Ecrit par : One Day | lundi, juin 16, 2008

Les présences manquent , oui , mais pourtant dans les pensées , ils sont plus vivants que jamais . Ils ont laissé leurs empreintes !!! nous sommes leur continuité ...

Ecrit par : manue | lundi, juin 16, 2008

Si tu n'as rien compris c'est peut être qu'il n'y a rien à comprendre à un chiffre 2 qui vous masque tout horizon... mais moi non plus je n'ai pas compris. J'aime assez ce blog ambivalent. Je n'arrive pas à savoir si je commente une fille ou un garçon.... Mais c'est un blog plaisant...

Ecrit par : Annaïs | lundi, juin 16, 2008

tu sais jouer des mots, des émotions, d'une façon très touchante, dans le sourire de te voir père comblé et fils chagriné mais surtout vivant. j'aime ta manière de surprendre avec tes changement de styles, de jongler sur tes envies, ne change rien.

Ecrit par : Bougrenette | lundi, juin 16, 2008

Je suis évidemment très touché de tous ces comm sur cette note un peu particulière, dans laquelle je me suis dévoilé différemment.... Et que j'ai hésité à faire paraitre, vu le décalage avec les autres....
Le jour où je ne vous surprendrai plus, je baisserai le rideau...
Bizzz à toutes !!

Ecrit par : Ibid Norio | lundi, juin 16, 2008

" Il y a un temps pour chercher et un temps pour perdre. " - in L'Ecclésiaste, 3.6

Que votre tristesse se soulage dans le fait que votre fils revit à travers votre hommage, un être disparaît quand plus personne ne pense à lui. Votre fils vivra tant que vous vivrez.

Il faut sourire même si ce n'est pas aisé, c'est le seul moyen d'être en paix et de chercher le bonheur.

Paix à vous.

VVK

Ecrit par : Cult! | mardi, juin 17, 2008

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