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lundi, mai 12, 2008

Edwin Babeux

Je voulais commencer cette fresque romanesque (pfff…) en vous parlant d’Edwin. Edwin (Ed, pour les intimes), est un homme de 42 ans. Natif de Vergonghéon, il a fait ses études à Paris et a gagné presque toutes ses batailles scolaires. Docteur en Sciences Appliquées (appliquées à quoi, çà on se le demande toujours), il a même décroché un diplôme de validation de flûte traversière au conservatoire de Montbrison, et une ceinture marron de judo (oui, seule ombre au tableau de ses réussites, il n’a pas eu la ceinture noire).
Bref, un enfant que toutes les mères rêvent d’avoir…. Mens sana in corpore sano. Todo va bene. Mais la vie de famille, elle va pas bene du tout… A 42 ans, Edwin n’a toujours rien construit, et ses conquêtes s’effilochent au gré du temps, collectionnant les défaites comme les ruptures.

Alors, pour compenser, Edwin a décidé d’être un « bon ». Un homme qui kill et qui buy à tour de bras. Un collaborateur éperdu de ses dossiers, les menant tambour-battant, en même temps, en série ou en parallèle, négligeant tout sauf l’évolution du Nikkei et le tableau de bord des résultats des succursales que le grand boss lui a confiées.
Ah il peut être content, le grand boss, dans son palais d’argent, de son air faussement simple et faussement populaire… il peut être fier se sa recrue ! « Ed, vous irez loin », lui avait-il dit il y a encore un mois… De quoi recharger des batteries encore et déjà pleines, les mettant davantage sous une pression inutile mais si jouissive pour ce jeune cadre dynamique et ambitieux.

Satisfecit général, donc, et qui s'est traduit par l'honneurissime invitation un week-end de l’été dernier à la chaumière du grand boss, en Haute-Normandie, invitation qu’Edwin s’était empressé d’accepter, ceci n’étant que de nature à le pousser encore plus haut et encore plus vite. Car il sait y faire, Edwin. Il fallait le voir à la terrasse du château, sous les boiseries XVieme, parlant à la femme du grand boss, l’écoutant raconter de ses mots bourgeois et de son visage ravalé des histoires ennuyeuses à souhaits, mais que sieur Edwin Babeux savait toujours accueillir d’un rire politiquement fort bien pesé.

Ainsi allait la vie, ainsi couraient les grands jours et les petites nuits... jusqu'à ce mardi de mars, où Ed fît une rencontre décisive, mélange du conte de Noël de Dickens et des épisodes ancestraux de la Twilight zone…

Allez, Pierre Bellemare…raconte nous ! on n’en peut plus !!!!!!!!!!!!!!!!!!

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Il était 22h05 ce mardi quand l’avion atterrit sur le tarmac ; tous les passagers se rendaient à la réception des bagages. Venu pour une visite-éclair de 48 heures dans l’une de ses équipes (et pour remonter les bretelles à ceux qui n’arrivaient pas - bande de gros nuls ! - à atteindre les objectifs), Edwin Babeux regardait le tapis des sacs et valises tourner devant lui. Il en profita pour rallumer son portable (boulet des temps modernes), histoire de ne pas perdre de temps. Encore de l’optimisation ! Encore le temps. Toujours le temps. Alleluia !! Amen ! Ô temps, suce et pend... et t'envole !!

Grande idée, car celui-ci, durant le vol, s’était chargé d’un sms lui indiquant qu’il devait rappeler urgemment et sans délai son DRH pour une question qui (à en croire le staff parisien), si elle n’était pas traitée dans l’heure, pouvait mettre en péril la France dans son ensemble, et pourquoi pas (tant qu’on y est), l’équilibre du monde occidental (Confédération Helvétique comprise).

Sentant son ego s’envoler, Ed rappela son DRH vers 22h20, juste au moment où sa valise compacte à roulettes apparut. Le téléphone dans une main, traînant le bagage de l’autre, Edwin traversa ainsi le hall de ce petit aéroport de province. C'est là qu'il aperçut un brave homme, mal rasé, mais qu’il ne prit même pas le peine de vraiment regarder. Il ne vit que l’écriteau que ce dernier tenait devant son torse, avec, en lettres approximatives : « Edvine Babeu ». Il était trop concentré sur sa conversation pour lancer une réflexion au chauffeur de taxi, et, laissant - pour une fois ! - sa fierté au placard, il se contenta de lui faire un signe de tête signifiant qu’il correspondait grosso-modo au nom indiqué. Bref, qu'il était le client attendu, quoi.

Avec la dignité d’un Chef d’Etat, Edwin Babeux suivit cet homme qui avait dû laisser sa famille au soir d’un repas (entre les nouilles et le brie) pour aller chercher ce voyageur interplanétaire qui était venu sauver le monde que d'infâmes glandeurs avaient mis en péril. L’homme lui prit la valise, la mit dans le coffre de sa voiture, ouvrit la porte arrière au « Prince », qui enfin pu s’asseoir…. Pour finir sa conversation, évidemment.

Pas même la peine de lui indiquer sa destination, sa secrétaire avait tout préparé à l’avance, et donc, sans avoir échangé un seul mot depuis le début avec ce brave chauffeur qui le regardait d’un air méfiant par le rétroviseur, ils roulaient vers l’hôtel du Zgueg-en-plumes, superbe hôtel 4**** qui rayonnait au-dessus de la colline de la ville. Sa conversation (tellement insipide que, vous l'aurez remarqué, je n'en ai pas relaté un traitre mot...) prit fin juste avant l’ascension vers l’hôtel, et Edwin n’en profita même pas pour s’excuser ni pour (enfin) saluer cet homme ; non, rien. Pas de scrupules, pas une once d’humanité.

Mais au moment de payer, le chauffeur se retourna. Il regarda Edwin qui farfouillait dans son portefeuille aux billets multicolores pour trouver une aumône à lui donner. Le chauffeur le fixa sans honte. Les yeux dans les yeux.
Ed ouvrit sa bouche pour lui demander pourquoi il le regardait aussi fixement… ; quand tout à coup, il devint blême…
- Ce visage, ces traits… mais… ce n’est pas possible... dit Edwin… Non, impossible….. Vous êtes… vous êtes… vous… me ressemblez tant ! Qui êtes-vous ?

Pour la première fois, le chauffeur parla.
- Je m'appelle Edwin Babeux, lui répondit le chauffeur. Je suis toi, dans un monde parallèle. Dans le monde d’où je viens, Edwin Babeux est différent.  Il n’est pas devenu un être avide d’argent. Dans mon monde, il est un homme bon. Un homme simple, avec des valeurs humaines. J'ai une famille, des enfants, et je suis très heureux, même si mes moyens sont modestes. La vraie richesse n'est pas là. Elle est dans le coeur et dans le sourire. Dans le hall de l'aéroport, j’ai lu dans tes yeux tout à l'heure des fusées de dédain quand tu a vu écrit ton nom de façon écornée. Pourtant, c’est ainsi que Luis Delpado l’avait écrit la première fois, ton nom…. Tu te souviens de lui ? Il était dans notre classe ; tu l'avais frappé au coin du chemin qui menait au collège, rien que pour sa faute d’orthographe, pourtant bien légitime pour cet enfant d'étrangers récemment arrivés en France. Tu sais quoi ?... ton regard n’a pas changé, Edwin. Au fond de tes yeux, il y a toujours la haine et le mépris. Réfléchis, Edwin. Il est peut-être encore temps ! Tu ne me dois rien. Je t’offre la course. Va !! Mais dépêche-toi d'ouvrir les yeux sur ce que tu es vraiment !... Moi je retourne dans mon monde...

Blanc comme un linge, livide, muet de terreur, Edwin Babeux sortit du véhicule qui disparut presque instantanément. Il se dirigea vers l'escalier de l’hôtel sans demander son reste. Hagard, comme un zombie, il entra et s’approcha du comptoir. Un homme grand et brun lui sourit. Un homme d'une élégance et d'un raffinement rare. La quarantaine.
- Bonjour, monsieur, et bienvenue dans notre Établissement. A qui ai-je l’honneur ?
Edwin eût juste le temps de regarder le badge du réceptionniste, avant que tout se mette à tournoyer autour de lui...
Car il n'était pas au bout de ses surprises. Sur son badge, était inscrit en toutes lettres : « Luis Delpado ».

Commentaires

Ibid,
C'est bien joli ta nouvelle présentation.
J'aime mieux que l'ancienne.
Très jolie histoire également..
On attend la suite.
Et pourquoi pas une histoire érotico-fantastique ?

Ecrit par : emanu124 | lundi, mai 12, 2008

jolie bannière.
pas mal comme début, mais va falloir faire plus original pour la suite !!

Ecrit par : kitty241 | lundi, mai 12, 2008

C'est l'un des fils Babeux, qui ont oubliés qu'ils étaient cul-terreux. Les parents avaient des terres et les fermages aidaient bien à payer les études, vu le prix que ça coûte... il était fière le fils Babeux de pouvoir porter une cravate, même si au début il avait bataillé pour apprendre à la nouer. Heureusement que le vendeur l'avait bien conseillé pour l'assortiement des couleurs, chemises costumes chaussures... Mais c'est qu'il avait appris à s'exprimer aussi, quoique ça, dans les grandes écoles, le langage est formaté, alors ce n'était pas trop compliqué. Heureusement qu'on ne s'interressait pas trop à ses loisirs, parce qu'entre le foot et la chasse avec les hommes du village, il n'avait pas trop eu le temps de penser qu'on pouvait aussi apprendre dans les livres...
Mais faudrait pas qu'un "gagne petit" vienne lui faire la moral quand même, et lui apprendre à vivre, parce qu'il était arrivé là et on n'allait pas lui en remontrer... d'ailleurs, il allait prendre connaissance d'un nouveau dossier, et le travailler tard dans la nuit, comme ça, il serait au top du rendez-vous le lendemain, et n'aurait plus de souvenirs. Cela vaudrait mieux... pour ceux qui n'ont pas fait les études qu'il a faites, lui !

Ecrit par : mi-souris | mercredi, mai 14, 2008

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